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les Etoiles tombées du Ciel

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Les Etoiles Tombées du Ciel

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Les toits luisaient dans l’obscurité. L’averse du début de soirée avait saupoudré la ville d’une pellicule suintant d’humidité qui, maintenant que la nuit s’était installée, scintillait de reflets bleutés. Il semblait que la cité toute entière ait été vernie de diaprures métalliques, ses trottoirs lustrés de rutilances argentées, ses pavés laqués d’irisations mauves, ses façades moirées de chatoiements  et de miroitements aux tons pastels et ses nombreuses fenêtres reluisaient de brillances obscures.

Piero contemplait ces reflets qui jouaient dans l’ombre. Les réverbères n’éclairaient que le sol luisant comme si une main géante avait lavé les rues de la poussière quotidienne. La ville faisait peau neuve cette nuit.

Perché sur son promontoire, une simple éminence qui avançait dans la nuit douce, juste un bout de toit qu’il atteignait en s’extirpant de la mansarde de son étroite chambre, il nourrissait son regard de tous les toits arrosés qui scintillaient dans la nuit noire. Il aimait ce calme nocturne, attendant patiemment que se lève la compagne de tous les esseulés du monde, l’amie des solitaires, l’alliée des délaissés et la consolante des abandonnés.

Elle apparut, déjà haute dans ce ciel d’encre. Un dernier nuage à la traîne s’écartait comme on soulève doucement un drap sur le corps de soie d’une jeune femme endormie.

Elle n’était ce soir qu’une simple virgule dans les cieux ténébreux. Dans dix jours, plus exactement dix nuits, elle illuminerait le firmament de toute sa puissance, faisant naitre des ombres inédites au cœur de la nuit, éclairant d’une lueur pâle et douce les rues baignées de la lumière orangée des lampadaires jusqu’à minuit. On avait en effet décidé d’éteindre l’éclairage publique aux douze coups de minuit.

Piero soupira de contentement. Il aimait profondément cette amie fidèle, d’une exactitude horlogère. Chaque nuit, elle était présente, là, au rendez-vous des cœurs brisés, des âmes en peine,  des solitudes voulues ou subies, des nostalgies et des espérances, passant de la pommade sur les bleus au cœur, atténuant les difficultés de l’existence que chacun riche ou pauvre, doit endurer un moment ou un autre. Elle réconfortait l’insondable tristesse des esprits chagrins, apaisait les douleurs de la vie, cicatrisait les blessures  du destin, calmait l’impénétrable mélancolie des âmes abandonnées, adoucissait les afflictions les plus obscures. Une confidente, une sœur. Le soutien à tous les handicapés des sentiments.

D’aucuns prétendaient que c’était la planète qui lui faisait de l’ombre selon un cycle d’un court mois. Des pédants qui péroraient du haut de leur suffisance, des scientifiques en blouse blanche et à l’esprit étriqué, des cartésiens de tous poils ne voyant dans une flaque d’eau qu’une flaque d’eau et non le miroir du ciel, des Monsieur-je-sais-tout qui rivaient le clou à tous ceux qui osaient sortir des pointillés de l’existence, enfin tous ceux qui ont des chiffres dans leur cerveau et un morceau de bois à la place du cœur.

Piero savait bien,  lui, l’exacte vérité. La grande et belle demoiselle qui éclairait les nuits des poètes et des rêveurs  était une grande timide. Il lui fallait plusieurs nuits pour se dévoiler entièrement et, lorsqu’elle se montrait dans la rondeur totale de ses atours, elle se dépêchait de cacher à nouveau ses trésors lunaires quand elle ne dissimulait pas son éclat de nacre derrière de lourds nuages, d’épaisses brumes ou voilée par un mince brouillard.

Piero aimait se confier à cette compagne intime. Il lui disait ses peines et ses douleurs mais aussi ses attentes, ses rêves et ses espoirs. Il parlait, seul dans la nuit, et ses mots chuchotés s’élevaient vers l’astre compatissant, miséricordieux et généreux, se mêlant aux longues plaintes des matous du quartier qui donnaient régulièrement pareilles sérénades au clair de lune.

Pourtant ce soir il lui semblait que tout était différent.

L’éclat de cette mince virgule pareille à quelqu’un qui n’aurait entrouvert qu’à peine une porte afin de scruter une pièce sans éveiller de soupçon était cependant plus brillant que d’habitude. Il lui fallut quelques longues minutes, juste le temps de se laisser imprégner de cette atmosphère nouvelle, de ressentir cette infime différence dans la nuit noire et d’organiser ses pensées pour qu’il comprenne que quelque chose n’allait pas. Il examina plus attentivement que jamais le ciel où la virgule lunaire semblait bien seule. L’obscurité était insondable, éternelle, abyssale.

C’est alors qu’il comprit. A terre, sur le pavé encore humide et sur les trottoirs suintant gisaient des milliers d’étoiles. Elles avaient perdu leur éclat et se répandaient au sol comme lors d’un matin d’hiver lorsque le gel emprisonne les branches des arbres et raidit l’herbe tendre. Mieux: l’image d’un lendemain de carnaval lui revint instantanément. Les rues étaient parsemées de millions de confettis collés à la chaussée.

Une silhouette marchait sur ce verglas astral en essayant de camoufler le bruit que faisaient ses pas sur les étoiles déchues, le bruit d’un biscuit qui s’effrite. Au coin de la rue, elle s’arrêta, leva la tête pour constater tout comme Piero venait de le comprendre que, cette nuit, toutes les étoiles du ciel étaient tombés aux pieds des hommes.

***

Piero officiait comme ramasseur de détritus. Tous les matins, sauf les Dimanches, il endossait sa tenue de collecteur, une combinaison couleur de perle avec deux bandes vertes qui couraient le long de ses épaules, fuyaient vers ses poignets et tombaient sur ses flancs pour se prolonger le long de ses jambes jusqu’aux chaussures à semelle épaisse qui ne faisaient aucun bruit quand il arpentait la cité.

Il était chargé, tout comme les deux cent quarante neuf de ses collègues, de débarrasser la cité de ses impuretés. Il ramassait les déchets que les personnes n’ayant pas un sens citoyen trop développé laissaient par terre, emballages de toutes sortes, de toutes formes et de toutes grandeurs, papiers froissés, déchirés ou pliés, pelures de fruits, boites diverses et variées. Lorsqu’il trouvait un objet qui put représenter une certaine valeur, il le conservait pour l’emporter à la salle des objets perdus car il n’y avait pas que des gens à l’esprit citoyen déficient. Il y avait aussi des distraits, des quantités d’étourdis et quelques rêveurs diurnes qui perdaient parfois leur portefeuille, leur montre, un mouchoir brodé, un titre de transport non validé, un trousseau de clés, un livre, plus rarement leurs désirs et leurs illusions ou encore toute une multitude d’objets hétéroclites et biscornus dont Piero se demandait parfois l’utilité.

Piero sillonnait les rues de la cité selon un circuit bien établi afin de ne pas empiéter sur le territoire de ses collègues qui, tout comme lui, nettoyaient inlassablement les rues et les trottoirs. Il était chargé de collecter les mauvaises odeurs qui persistaient parfois, spécialement les jours torrides du cœur de l’été. Il fallait avoir un bon nez pour effectuer ce métier. Piero pouvait repérer une odeur désagréable à deux pâtés de maisons de distance. Les émanations carboniques des véhicules qui consommaient encore des carburants à base de pétrole agressaient son appendice nasal mieux qu’une piqûre de guêpe. Il pouvait aussi repérer les effluves animales des déjections canines qui empestaient les trottoirs bien que depuis quelques années les propriétaires d’animaux à quatre pattes se soient pliés à une toute gymnastique: ils récupéraient eux-mêmes les excréments produits par une nourriture trop riche. Piero n’aimait pas trop nettoyer les étrons aux formes bizarres. Il devait prélever l’excrétion à l’aide de pinces spéciales et aspirer en même temps l’odeur dégagée. Double travail en fait. Il traquait aussi les  relents ammoniaqués de produits chimiques divers, les remugles des végétaux en pourriture, spécialement à l’automne ou les lendemains des jours de marché. Il pourchassait les pestilences émises on ne sait ni comment ni pourquoi ni par qui, il débarrassait l’air de fumets infectes, répugnants, dégoûtants, chassait les bouffées fétides et écœurantes, les vapeurs immondes et sordides. Bref, il purifiait la ville des puanteurs de toutes sortes.

Il se munissait d’une pipette qu’il actionnait d’un léger mouvement du poignet. L’effluve restait prisonnière d’une bouteille, la fiole aux émanations nauséabondes. Les gaz emprisonnés prenaient alors des couleurs fortes, allant du vert bouteille au mauve indélébile en passant par toutes les nuances de marrons pourris et quelquefois des violets vengeurs jusqu’aux pourpres sanguinaires. Piero s’amusait des heures à regarder les couleurs s’affronter, enfermées dans la petite fiole.

Il devait également absorber les bruits dissonants, agressifs, discordants. Le cri strident d’un bébé affamé, l’aboiement intempestif d’un chien errant, tous les cracks, les splash, les ploufs et les crricks. Le grondement des engins à moteur, l’éclat du verre qui se brise, les explosions de toutes sortes. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était de gommer les fausses notes.

Elles naissaient n’importe où à n’importe quel moment. D’une chambre où un apprenti musicien s’exerçait des heures durant, effectuant des gammes rébarbatives; au beau milieu d’une chorale qui répétait inlassablement le même canon; parmi les nombreux participants d’une fanfare riche en cuivres ou encore des lèvres de cette jeune fille qui entonnait un air à la mode, écorchant un fa dièse ou un la majeur. Les ouvriers aimaient à siffler des ritournelles pour se donner du cœur à l’ouvrage. Vitriers, peintres, maçons, charpentiers, Piero les connaissait tous et n’hésitait pas à emprisonner le moindre couac dans un autre flacon, celui des bruits intempestifs. Il utilisait une sorte d’aspirateur à sons qu’il tenait accroché à sa ceinture, côté droit, le côté gauche était réservé à la pipette à odeurs. Les deux fioles étaient disposées dans son dos et se remplissaient au fil des heures.

Piero aimait son travail. Il se sentait utile et avait la satisfaction de rendre à la ville sa bonne odeur de ville et permettre aux différents sons une harmonie de symphonie. Mais on ne le remarquait pas. Il est des métiers qui semblent transparents. L’homme au guichet, la caissière du supermarché, le conducteur de bus, le gardien d’immeuble, le réceptionniste d’hôtel et tant d’autres. Ils sont là. Ils rendent la vie plus facile, plus aisée. Mais personne ne fait attention à eux. Ils font partie du décor. Ils semblent avoir été toujours là, à leur place. On ne remarque pas quand on les remplace, mais on est désorienté lorsqu’ils sont absents. De toute façon, ils ne sont jamais absents.

Piero sillonnait ainsi chaque jour, sauf les Dimanches, son quartier selon un parcours précis qu’il mettait un peu de fantaisie à chambouler. Un matin, il partait dans l’autre sens, le lendemain il commençait par la grande place pour finir par la ruelle des Ames Mortes, un autre jour il attaquait son périple en suivant le côté droit de l’avenue des Prisonniers Libérés sur Bonne Parole puis remontait le cours des Cieux Profonds avant de s’embourber dans un taillis de ruelles étroites qui ne laissaient pas passer les rayons du soleil. Il appelait cet endroit les Ombres Eternelles mais les venelles avaient toutes des noms bien précis: l’impasse des Rivières à Sec, la rue des Graciés de l’An Trente, celle des Jeunes Filles à Marier et, une que Piero aimait tout particulièrement, la rue des Eaux Endormies.

Au numéro vingt cinq A prime se tenait un  bâtiment à la façade de verre, reflétant ainsi le numéro vingt quatre C Tierce qui n’était autre que l’annexe de la grande bibliothèque. Là, deux douzaines de jeunes femmes s’affairaient été comme hiver sur de longs balcons. En y regardant de loin, on aurait pu croire qu’elles apprenaient à de jeunes oiseaux comment voler ou rééduquaient les volatiles blessés à battre de leurs ailes endommagés. Cela n’aurait rien eu d’étonnant. Piero connaissait bien son ami Ulysse qui accompagnait la convalescence des animaux brisés, quelque part dans un coin du jardin des plantes. Il recueillait les animaux qui avaient été soignés par des spécialistes, vétérinaires au bistouri facile et au scalpel maitrisé. Il redonnait confiance à l’animal, lui réapprenant à voler, à nager, à courir, à bondir, à chasser ou à fuir selon les circonstances. Tel était Ulysse, le rééducateur des animaux blessés.

Mais en face du grand bâtiment à la façade de verre, sur ces interminables balcons ensoleillés où soufflait constamment une légère brise, les jeunes femmes ne manipulaient aucun animal. Elles aéraient les livres.

Et parmi toutes ces jeunes femmes, il y en avait une que Piero ne se lassait jamais de contempler. La façade vitrée en vis-à-vis lui permettait de le faire sans qu’on sache, sans qu’elle sache, qu’il la détaillait à chaque fois qu’il arpentait le quartier.

C’était une créature délicieuse, élancée, ses cheveux noir de jais étaient si fins que le moindre soupir de vent les faisait onduler doucement. Ses gestes surtout étaient empreints d’une grâce qui n’avait pas d’équivalent au monde. Le battement d’ailes du papillon, les pirouettes des libellules, les bonds du dauphin, la délicatesse de la gazelle, même la virtuosité de l’aigle royal ou l’agilité du chamois ne pouvaient entrer en concurrence avec les mouvements délicats et graciles avec lesquels elle manipulait les ouvrages les plus rares. On aurait dit qu’elle accompagnait la respiration de l’ouvrage. Elle n’avait jamais de geste brusque, savait tenir le livre avec fermeté sans l’écraser.

Aérer les livres n’était pas un travail à la portée du premier venu. C’est pour cette raison qu’on employait que des femmes. Elles avaient la douceur nécessaire pour ne pas abimer les pages en les tournant. C’était tout un art. Il fallait laisser virevolter les feuillets pour que les mots se gorgent d’air en prenant soin de ne pas aller trop vite car ils s’asphyxieraient dans un tel marathon mais suffisamment pour que l’air pénètre bien au cœur des chapitres, parmi les strophes, à l’intérieur des phrases. Les recueils de poésie étaient les plus délicats et on les lui confiait souvent. Mais elle avait une passion pour les romans fleuves, en particulier ceux du XIX°, où les héros révèlent de grands sentiments. Lorsque au programme de la journée se présentaient Dickens, Balzac, Tolstoï ou Hugo, elle rayonnait.

Elle saisissait fermement la tranche reliée de cuir. Puis, d’un index précis, elle soulevait l’épaisse couverture où n’apparaissait que le titre et le nom illustre de son auteur, désormais gisant six pieds sous terre, du moins ce qu’il pouvait en rester, quelques kilos d’ossements. Mais son œuvre était là, resplendissante. Elle avait traversé les années sur un rayonnage quelconque, dans un des sous-sol de l’immense bibliothèque, entourée d’anonymes ou d’encore plus réputés auteurs, noyée dans la masse de la Littérature avec un grand L. Il était temps de prendre l’air.

Les pages de garde ne présentaient pas d’intérêt, étant dénuées de mots, de ceux qui étaient nés sous la plume d’un maitre et qui continuaient à faire rêver des millions de gens tandis que leur auteur pourrissait pour l’éternité.  Passé le titre, elle ralentissait le mouvement d’un imperceptible déplacement du poignet. Les pages commençaient alors à s’épanouir sous les doux rayons du soleil d’automne. C’était la meilleure lumière pour cet exercice. On réservait les chefs d’œuvre à cette période, tout comme on n’ouvre un grand cru que lors des grandes occasions. Elle attendait Octobre avec impatience, heureuse de retrouver ses héros. Car c’était plus fort qu’elle, elle ne pouvait s’empêcher de jeter un regard sur le texte immortel. Elle lisait tout en aérant le recueil. Et elle plongeait dans un autre univers, un monde grandiloquent et magique où la mièvrerie était absente, où les sentiments éclataient au grand jour. Les passions secouaient les héros et faisaient battre son cœur à elle. Les méprisables avaient cette grandeur qui fait que lorsqu’on les déteste, on ne peut s’empêcher d’y trouver aussi une certaine admiration. Les odieux, les ignobles, les hideux qui parsemaient les chapitres avaient une grandeur dans la décadence. Les héros maudits avaient du panache, la déchéance des vaincus était sans fond. Les héros pouvaient alors, par contraste, devenir des Dieux. Elle se repaissait de cette grandeur des sentiments qu’elle ne trouvait plus dans la vie de tous les jours. Il lui semblait que le moule était cassé. Aucun homme n’arrivait à la cheville du plus bas des héros de ses romans préférés. Quant aux héroïnes, elles étaient fatales, vénéneuses, empoisonnées ou bien pures, immaculées, angéliques au cœur tendre. L’amour allait de pair avec le désespoir. Et au fil des pages, elle ne pouvait plus s’arrêter de dévorer Anna Karénine ou De Grandes Espérances. Pour tout dire, elle vivait dans un monde de mots, des mots plus vieux que le grand père de son grand père qui plus est.

Piero ne savait pas tout ça. Il ne savait pas sa passion à elle pour les textes d’avant, pour ces envolées lyriques, ces héros romantiques qui n’existent que dans les chefs d’œuvre impérissables. Il ne connaissait que son amour à lui, pour elle.

L’avait-elle remarqué?

Pas le moins du monde. Piero, tout comme ses deux cent quarante neufs collègues, était invisible, transparent. D’autant plus aux yeux de celle qui aimait regarder le ciel plutôt que plonger son regard au raz du pavé que Piero s’évertuait à nettoyer des détritus, des mauvaises odeurs et des bruits disgracieux.

Cela ne le rendait pas malheureux. Il avait tout le loisir d’admirer le reflet de celle pour qui son cœur battait sans qu’elle puisse s’en rendre compte chaque fois qu’il longeait cette rue. Piero souffrait d’une timidité qui le retenait dans ses audaces, en particulier celles qui concernaient les sentiments. Souffrir n’est pas exactement le bon terme pour qualifier ce que Piero ressentait vis-à-vis de ce que l’on nomme abusivement timidité mais qui n’était qu’un manque de confiance en lui enrobé d’une modestie que son métier transparent renforçait malgré lui. Il s’accommodait fort bien de cette réserve.

Il n’avait jamais été meneur en quoi que ce soit, laissait volontiers sa place aux personnes dans le bus, s’effaçait devant les honneurs, si modestes soient-ils. Il n’aimait pas être en pleine lumière et n’était jamais aussi gêné que lorsqu’il était le centre d’intérêt d’une assemblée, aussi restreinte soit-elle. Heureusement pour lui, cela arrivait très rarement. Presque jamais.

Piero n’avait plus ses parents, disparus on ne sait trop comment et cela n’a guère d’importance finalement quand il n’était encore qu’un petit enfant. Il avait alors été élevé par de lointains cousins avec qui il n’avait aucun atome crochu. Il ne voyait donc jamais le peu de famille qu’il lui restait. Ses amis se comptaient sur les cinq doigts de sa main gauche, parce que sa main droite n’en comptait que quatre. Une excentricité génétique ne lui avait fait pousser que quatre doigts et, à l’exception du pouce, ils étaient tous les trois identiques, de même longueur et d’un diamètre égal si bien qu’il ne possédait ni index ni majeur ni annulaire et pas d’auriculaire. Ils étaient tous les trois interchangeables. Personne, pas même lui, ne pouvait dire quel était le doigt qui manquait.

Piero arpentait son quartier quadrillé de rues tous les matins sauf le Dimanche, de l’aube jusqu’à midi. Ainsi il avait toutes ses après-midi libres. Alors, il flânait le long du canal, à l’ombre de l’immense allée de platanes ou errait sans but dans les immenses parcs qui formaient de magnifiques taches vertes lorsqu’on les observaient du ciel. De véritables verrues de nature, des oasis au milieu d’un entrelacs de rues et d’avenues quadrillant des milliers de toits couverts de tuiles ou d’ardoises, certains bardés de panneaux solaires. Mais cette vision de la ville, Piero n’avait jamais pu la contempler. Il n’avait jamais pris l’avion.

Non par peur. Piero n’était pas sujet au vertige et il savait qu’il n’y avait pas plus de risque à flotter en l’air qu’à se baigner dans un fleuve puissant, que de traverser un boulevard à l’heure de pointe ou se faire attaquer par un animal sauvage. Il n’en avait jamais eu l’occasion, voilà tout. Il n’avait pas la passion des voyages. Ses petites promenades au bord de l’eau ou sur le pelouse tendre des grands parcs soulageaient complètement ses envies d’ailleurs.

On ne peut tout de même pas qualifier sa vie de terne. Humble sans doute, mais pas fade. Dans son petit studio situé sous les toits, une étrange collection occupe tout un pan de mur et gagne peu à peu du terrain sur les trois restants. Des milliers de coquillages de toutes les formes, toutes les dimensions et aux couleurs allant du beige à l’ocre. Des trophées qu’il récupère lors de sa tournée de nettoyage de détritus. Comment ces carapaces maritimes peuvent venir s’échouer en plein centre ville, cela reste un mystère que nous ne tenterons pas d’expliquer ici.

Ce matin-là, il extirpe de sa poche une minuscule coquille ressemblant à une aile de papillon, une mosaïque couleur de sable sur un fond noir bleuté. Il le tient délicatement entre son pouce et l’un de ses trois doigts identiques et l’examine avec attention. Depuis qu’il a entrepris cette collection, il connait par cœur tous les crustacés qui figurent sur son pan de mur et même tous ceux dont il n’a pas eu encore l’occasion de tenir entre ses doigts. Il inspecte, considère, évalue, estime, apprécie, suppute. Il y a fort à parier qu’il s’agit cette fois d’un cône marbré, qu‘on nomme aussi cône damier car ses dessins font penser à un échiquier déformé ou cône du pacifique. Très rare. A se demander comment l’animal marin plus habitué aux mers chaudes de l’hémisphère sud a pu atterrir dans le caniveau où il l’a pêché ce matin.

Alors, Piero attrape délicatement le Grand livre des Crustacés de nos Plages et nos Rivages qui trône sur une étagère juste entre son Atlas des Lieux Spectaculaires et Anonymes du Monde et son Dictionnaire des Célébrités et Inconnus de l’Histoire. Ce sont ses trois seules lectures. Exhaustives dans leur domaine et très certainement indigestes pour la majorité des individus, Piero aime à s’y plonger de temps à autre. On a les voyages que l’on souhaite.

Il recherche avidement la bonne page afin de découvrir le nom de sa nouvelle acquisition. Il n’avait pas tort, c’est bien ça: Conus Marmoreus. Un rare gastéropode se nourrissant de ses congénères et pourvu d’un minuscule harpon pouvant inoculer un venin puissant, parmi les plus dangereux du monde, pouvant même causer la mort d’un homme. Pas de danger pour Piero puisque l’animal a disparu depuis belle lurette, ne laissant en guise de squelette que sa coquille aux formes géométriques imparfaites. A l’âge adulte, l’animal peut mesurer jusqu’à quinze centimètres, là la coquille ne dépasse pas l’épaisseur de ses trois doigts identiques. Surement un bébé.

Avec une précaution extrême, il dépose une goutte de colle forte à l’extrémité du caillou de calcaire et le dispose à une place encore libre sur le mur en orthographiant scrupuleusement son nom scientifique, en latin, juste au-dessous.

Conus Marmoreus.

Piero n’était pas franchement laid. Si ses traits n’avaient pas la finesse des jeunes premiers, ils ne soulignaient pas une difformité hors normes. Sa bouche était évidemment trop grande pour un menton trop petit. Son front inexistant n’était point caché par des cheveux qu’il s’employait à maintenir à une longueur n’excédant pas trois doigts. Il ne portait ni barbe ni moustache et ses dents n’avaient pas la régularité des sourires dentifrices. Ses oreilles trop petites n’équilibraient en rien l’ensemble. Il n’était qu’un homme identique à tant d’autres, ne se différenciant ni dans la beauté ni dans la laideur. Commun. Quelconque. Banal. Ordinaire. Insignifiant.

***

Ce matin-là, Piero s’éveilla comme tous les matins. Il s’étira dans son petit lit où les draps s’étaient une fois de plus emmêlés pendant son sommeil. Il arrivait parfois qu’il trouve des nœuds à l’aube. Cela lui prenait quelques longues minutes pour les résoudre.

Le jour pointait par la lucarne pratiquée dans le toit qui était la seule source de lumière de sa petite chambre de bonne. Tout en se grattant les cheveux, il prépara un grand bol de café et y trempa des tranches de pain qu’il faisait griller lui-même dans le petit four. Cela remplissait la pièce d’un agréable parfum croustillant de noisettes allié à l’odeur plus corsée des grains de café fraichement moulus.

Piero adorait les parfums. Les naturels. Ceux de la vie courante. Ceux qu’on ne remarque pas, justement. Un fumet qui s’échappait d’une cuisine à l’heure du repas. Un goût de vanille qu’il croisait dans la rue sans savoir d’où il pouvait provenir. Jusqu’à la bonne odeur de cuir neuf qui suivait le passage d’une voiture de luxe. Ou bien celle de l’encre qui voletait lorsqu’on manipulait les larges pages du journal du jour. Il aimait les senteurs naturelles, bien entendu, mais n’avait guère l’occasion de les croiser, n’allant jamais à la campagne. Il respirait les parfums des fleurs et des arbres lorsqu’il parcourait les parcs de la ville. Les puissants arômes de vase en décomposition aux abords des points d’eau où une chorale de rainettes répétaient un opéra connu d’elles seules. L’odeur forte de l’humus dans les plates-bandes. Les émanations des fleurs gorgées de pollen. Les effluves portées ici ou là par le vent d’automne, une saison si riche en fragrances diverses et variées. Même les pierres avaient une odeur. Le calcaire sentait les falaises de la  méditerranée, le granit avait un relent de métal, les schistes se paraient de molécules animales tandis que l’ardoise flairait les fruits rouges, la brique annonçait un fumet de four à pain et le grès semblait rappeler les senteurs de Quatorze Juillet.

Il terminait son petit déjeuner en croquant dans un fruit et, tout en finissant de mastiquer un quartier de poire ou un morceau de pêche, il passait son bol sous l’eau tiède qu’il laissait sécher sur l’évier. Puis il enfilait sa tenue de collecteur. Une combinaison grise et terne, juste rehaussée de ces lignes vertes qui partaient de ses épaules et longeaient tout son corps jusqu’au bout de ses quatre membres.

Il sortait sur le palier sans tourner la clé de la porte. Il ne possédait pas de clés. Du reste, personne ne disposait d’un tel objet. Le concept même était inconnu. Aucune serrure sur aucune porte dans toute la cité. On poussait des portes qui s’ouvraient tout naturellement si on exerçait une pression suffisante.

Il n’y avait de toute manière aucun objet de valeur dans son antre, excepté sa collection de coquillages, mais ils étaient si bien collés au mur que le malfrat aurait eu plus vite fait d’emporter le mur entier avec lui et cela n’était pas à la portée du premier brigand venu.

Il y avait une explication à cette absence de clés. Il y a bien longtemps, les objets de la vie courante s’étaient mis en grève, incités et stimulés par celles qui fermaient alors toutes les portes et tous les coffres. Ils en avaient assez qu’on les traite comme des êtres inanimés alors qu’ils rendaient vraiment service sans jamais se plaindre. Ils ne supportaient plus ce mépris et cette indifférence mais surtout, ils redoutaient le moment où, devenus vieux et usés, ils étaient jetés sans ménagement, sans égards. Il arrive qu’un objet se brise en plein travail. Ce sont les risques du métier. C’est désolant, mais on s’y fait. En revanche, penser qu’on puisse comme un sale détritus un objet qui, toute son humble vie, a donné le meilleur de lui-même  était intolérable.

Ainsi, du jour au lendemain, tous les objets cessèrent de fonctionner. Les automobiles refusaient de démarrer. Les portes ne s’ouvraient plus. Le moulin à café ne ronronnait plus. Les lunettes devenaient opaques. Les vêtements refusaient de se plier et restaient de marbre, on ne pouvait les enfiler.

Ce fut une telle pagaille que les humains ne tardèrent pas à écouter leurs revendications. On devait dorénavant les traiter avec considération et respect. Ne jamais les martyriser même s’ils avaient des sautes d’humeur, mais cela n’arrivait jamais. On devait, enfin et surtout, être solidaire des objets usés. Ne plus les jeter, mais les vénérer comme de vieux compagnons à la retraire bien méritée. Il fut aussi question de la question sensible du clonage. Les objets ne voulaient plus être fabriqué à la chaine, sans amour. Ils étaient des objets libres, égaux et tous différents.

Puisque on ne pouvait plus se vêtir, ni absorber la moindre nourriture, à moins de n’utiliser que ses doigts et manger les aliments crus et non pelés. Puisqu’on ne pouvait se déplacer qu’en marchant et, pieds nus de surcroit. Puisque la cité était sclérosée et ne tarderait pas à s’ankyloser pour de bon, on accorda aux objets toutes leurs exigences. On ne fabriqua plus qu’à l’unité et avec amour, ce qui redonna aux personnes l’amour de leur travail. On ne jeta plus les vieux objets, à moins qu’ils ne soient brisés. On répara tous ceux qui pouvaient l’être. Et on considéra leur travail avec bienveillance et sans aucune arrogance de supériorité. Mais on prit bien soin d’éloigner les meneurs loin de toute civilisation. Les clés furent donc bannies et durent s’exiler très loin, au-delà du bord du monde, dans l’infini univers. Elles partirent, la tige fière et droite, anneau devant, panneton derrière, en file indienne et on ne les revit jamais.

Il descendait les trois étages sans y prendre attention. On aurait dit que ses pieds connaissaient chaque marche de bois par cœur. Et c’était un peu la réalité depuis qu’il effectuait ce parcours chaque matin depuis près de dix ans.

Il poussait alors la lourde porte qui donnait directement dans la rue des Alouettes Endormies. Là, il avait le choix. Soit il partait à gauche et enchainait immédiatement son circuit par la ruelle des Sans Soucis, soit il longeait l’avenue des Cous Tordus pour parvenir au bord de la rivière. Ensuite il continuait sa tournée habituelle, dans un sens ou dans l’autre. Il y avait quelquefois des variantes, mais immanquablement il mettait un point d’honneur  et un grand plaisir à emprunter la rue des Eaux Endormies. Là, il faisait une pause, en contemplant le reflet de sa belle qui, à vingt mètres du sol sur un large balcon, aérait un imposant volume comme si elle apprenait au livre à voler.

Mais ce matin-là, il remarqua que quelque chose n’allait pas.

Sous son pas, le trottoir crissait.

***

Ce n’était donc pas un rêve.

La nuit dernière, les étoiles étaient vraiment tombées du ciel. Toutes.

Sans exception.

Et elles recouvraient les pavés et les trottoirs, émettant le bruit tendre de la biscotte qu’on croque à belles dents lorsque le pas les foulait. Elles avaient perdu de leur éclat argenté et, comme des paillettes de gel, elles auraient totalement disparu avant midi. Piero leva instinctivement la tête, sachant pourtant qu’on ne pouvait observer les étoiles en plein jour. Les astres sont comme les animaux de la nuit: ils se reposent la journée. Une épaisse couche de nuages masquait la présence du soleil, unique étoile à travailler le jour et dormir la nuit.

Tout était gris. Les rues, les façades, les vitrines, les enseignes. Jusqu’aux feuilles des arbres qui, en toute logique, auraient dû être vertes. Piero mit cette grisaille sur le compte de cette journée maussade. Pourtant, au fil de sa tournée, il remarqua l’absence inédite de couleurs. La météo ne pouvait être tenue pour responsable de toute cette monotonie, de toute cette tristesse.

Il est étonnant comme les éléments extérieurs peuvent influer sur notre moral. On est plus enclin à la mélancolie un jour bas de Novembre qu’au milieu d’un éclatant Juillet. Piero commençait à broyer du noir. D’autant qu’il n’avait jamais vécu de jour gris. Il n’avait jamais remarqué un jour sans un lever de soleil.

Bien sûr, il arrivait que des nuages s’amoncellent en cours de journée, qu’il pleuve même. Un fin crachin comme du brouillard qui se condense et  finit par tremper les os. Une pluie fine et régulière tel un rideau aquatique qui arrose le moindre mètre carré. Une averse glacée qui vous transit avant de vous glacer. De grosses gouttes parsemées les soirs d’orage qui éclatent en faisant voler la poussière et que les enfants jouent à passer au travers en zigzagant comme des insectes étourdis. Des trombes d’eau qui semblent ne vouloir jamais d’arrêter, le ciel touchant terre dans une apocalypse de fin du monde. Des bruines faisant reluire les toits comme par magie. Des ondées chaudes ou froides selon l’époque, balayées par le vent dans les quatre directions. Des giboulées qui stoppaient en un quart de seconde, à la manière dont-elles avaient commencé. Des cascades d’eau tourbillonnante où le plus petit abri est pris d’assaut par une foule de gens surpris. Des flots impétueux, des torrents de pluie désordonnés, déluges inaccessibles.

Cependant, le soleil se levait tous les matins, offrant un spectacle qui réjouissait chacun et chacune et fournissait le ton de la journée.

Au premier rayon éclaboussant le ciel, on savait de quel éclat serait ce nouveau jour commençant et personne ne voulait rater cet instant. Chacun percevait une teinte particulière qui déterminerait son humeur de toute la journée.

Si le premier rayon était vert, les ombres seraient toutes verdâtres pendant le jour, les reflets parsemés d’émeraude et de jade et on savait dès ce premier rayon que la journée serait détendue, reposante, pleine d’espérance.

Lorsque on entrevoyait du bleu au lever du soleil, les contours de toutes choses seraient teintés de turquoise et notre humeur oscillerait entre le calme et le repos avec un brin de nonchalance et de fainéantise.

Quand au petit matin on apercevait un jaune éclatant, toute la journée serait lumineuse, effaçant quasiment toute pénombre, illuminant le verre et le métal, réchauffant la pierre et faisant travailler le bois. Ces jours-là étaient bénis pour toute nouvelle entreprise, on se sentait pousser des ailes, tout roulait comme un train lancé à vive allure, on était dynamique et entreprenant, la réussite serait au bout.

Les jours débutant par une lumière rouge voyaient leurs ombres et tous les recoins se peindre de magenta et notre humeur devenir colérique, vive, impétueuse, fougueuse, enflammée voire violente. Des nuances pouvaient survenir. Si la tonalité tendait vers le mauve ou le rose, cela tempérait les ardeurs, une certaine retenue dans la ferveur de l’instant et l’enthousiasme global empêchait les débordements fatals. Si le pourpre dominait, les impressions et les sentiments seraient renforcés mais pas forcément exacerbés. Le carmin ajoutait une note de second degré apaisant tandis que le vermeil sublimait des sensations déjà puissantes. L’orangé alliait l’engouement et l’enivrement à une sorte de passivité, de renoncement. C’étaient les pires journées qu’on pouvait supporter. Il en résultait une morgue et une acidité envers son prochain qui rendait toute vie en communauté impossible et il n’était pas rare qu’ayant aperçu ce premier rayon aux couleurs orangés, les gens de bonne volonté ne se remettent au lit pour le restant de la journée. Ils ne voulaient voir personne et tout le monde leur disait merci car ils auraient été invivables.

Il arrivait, très rarement heureusement,  que le jour débuta pour quelques uns par un rouge tirant sur le Bordeaux, lie de vin ou même carrément violet. Ces jours-là étaient maudits, autant pour leur propriétaire que pour le reste de la communauté. Un grand danger courrait. Altercations, empoignades, querelles, bagarres, rixes étaient au rendez-vous et, malheureusement, lorsqu’il mettait en contact deux personnes ayant perçu la même couleur de sentiments, cela pouvait aller jusqu’au meurtre.

Mais les gens de la cité connaissaient le pouvoir de leur humeur dictée par le soleil au levant et prenaient leur destin en main. Des couleurs trop violentes au réveil incitaient à ne pas sortir de chez soi ou à aller se promener seul dans les bois… sauf qu’on est jamais vraiment seul en forêt!

Les teintes coloraient les ombres et les zones obscures mais donnaient également des reflets aux personnes que l’on rencontrait.

Piero n’avait pas vu son premier rayon de soleil ce matin. Il ne savait donc pas quelle serait son humeur pour la journée, quelle couleur teindrait les recoins et les ombres. Depuis quelques mois, elle oscillait entre le vert tendre et le bleu ciel. Idéal. Cela lui avait mis la puce à l’oreille. Il n’avait jamais vécu un seul jour sans un lever de soleil.

Que se passait-il?

Il eut tôt fait de faire un rapprochement avec la chute des étoiles pendant la nuit. Tout était lié, il en était sûr. Ces nuages bas, l’absence de soleil à l’aube, l’ignorance de l’humeur pour des milliers de gens et toute cette grisaille qui baignait les murs de la ville.

Son moral en prit un coup. Heureusement, il allait passer rue des

Eaux Endormies et il verrait son reflet à elle. Cela illuminerait sa journée et rendrait, peut-être, les couleurs à la cité.

 

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