Je Pense Donc... j'écris 2026

Je pense... donc j'écris

12 Avril - Question de Prix

Et l'on se prend en conjectures sur les motifs réels de l'augmentation du prix des carburants. Cette constatation que, lorsqu'un événement survient, quel qu'il soit, aussitôt il a de l'influence sur le cours des marchandises alors que, lorsque la situation est favorable, on tarde à réajuster les tarifs. N'importe quel prétexte est bon pour se remplir les poches.

Je ne sais plus si c'est André Malraux qui avait affirmé que le XXIème siècle serait spirituel, du moins plus si matérialiste. Comme quoi les plus avisés peuvent se tromper. On n'a jamais été aussi entouré par l'argent. L'argent pour l'argent, le profit à tout prix. La finance dirige le monde. Les marges, les profits, les retours sur investissement, le P.I.B, la dette...

Ca commence par les voitures. Les constructeurs doivent se dire qu'un prix à cinq chiffres écrit sur l'affiche retuberait les consommateurs, ils ont décidés depuis une trentaine d'années de n'afficher qu'un nombre à trois chiffres – donc, inférieur au salaire mensuel le plus bas. A la place d'un simple prix TTC, des mensualités. En omettant cependant le nombre total de mensualités ainsi que l'apport obligatoire – ceux-ci nécessitant l'emploi d'une loupe pour les lire. Du reste, la majeur partie du temps, le modèle pimpant en photo ne correspondant pas au prix, d'où la mention « à partir de ».

Lorsqu'on vend un produit trop cher pour en claironner haut et fort le prix, il y a deux subterfuges pour faire passer la pilule. Soit annoncer un chiffre de réduction, le plus énorme possible (évidemment, si l'on vante 500 euros de remise, on doit bien se douter que l'objet doit valoir au moins dix fois plus) ou, plus pernicieux encore, afficher le soit-disant prix fort et, en le barrant rageusement, donner un chiffre moindre, donnant l'illusion d'une sacrée bonne affaire. Tout le monde se rue dessus, spécialement si la mention « nombre de pièces limités » ou « uniquement ce jeudi » laisse à penser que seuls quelques privilégiés auront droit à ce cadeau. Bien entendu, le prix payé est le prix normal, comportant la marge réglementaire.

La marge, justement. Naïf, je croyais qu'un « prix coûtant » était le même prix d'une marchandise achetée, puis vendue.

Une casserole achetée 9 euros, vendue 9 euros.

Pas du tout. Un prix coûtant englobe toutes les dépenses auxquelles le magasin doit faire face : coût du loyer, facture d'électricité, assurances diverses, salaires du personnel, remboursements de traites, prêts, même le pourcentage de perte & vol et cette partie non négligeable sur l'investissement. Bref, un prix coûtant devrait être le prix normal, puisqu'il inclut tout. Tout, sauf cette marge qui va directement dans la poche des actionnaires. Ainsi, la casserole achetée 9 euros sera vendue, « prix coûtant » 12 euros. En ajoutant la marge, cela donne 15 euros.

Parfois, c'est le consommateur qui n'est pas très malin. Quasiment tous les prix se terminent par 90 voire 99 cents. Ce n'est pas anodin. Dans 9,99, l'acheteur entend d'abord 9 euros, pas dix. Pire : j'ai déjà entendu cette réflexion bien crétine « si ça coûte 20 euros tout pile, c'est que c'est de la mauvaise qualité ». Certains pensent que les entreprises fixent leur prix au centime près ! Quelle naïveté.

Je me souviens d'une anecdote concernant les baskets Nike. Il y a quelques années, la célèbre marque à la virgule avait voulut lancer sur le marché une basket dont le prix de revient était prohibitif. Impossible à baisser, la paire de pompes était plus chère que toutes celles des concurrents sur le même segment (oui, le segment, c'est comme ça qu'ils parlent entre eux). C'est alors qu'un commercial eut cette idée de génie : puisqu'à 300 euros, on n'est plus compétitif, vendons-là 600 ou 700 euros... en la faisant passer pour une rareté. Si la production demeura moindre, les bénéfices explosèrent.

Pour revenir aux voitures, tandis qu'on cherche par tous les moyens de baisser d'un millier d'euros le prix d'une Clio, jugée trop chère à 20 000 euros l'exemplaire, Bugatti, Ferrari et Rolls Royce demandent une attente de plus d'un an pour obtenir un de leurs modèles : toute leur production est vendue avant même d'être assemblée !

Je n'aime pas payer ce que je n'ai pas acheté. C'est pourtant la règle dorénavant. Je me rappelle m'être pris le bec avec un assureur parce qu'il assurait des mensualités d'un tel montant, mais que moi, si je divisais tout ce que je payais annuellement par douze, j'obtenais un tout autre chiffre. Il ne voulait pas en démordre : les mensualités étaient bel et bien comme sur le prospectus. Simplement il y avait un petit « plus » en fin d'année. Comme des étrennes. Dans ce sens, il n'avait pas tort : les étrennes du facteur ou des pompiers ne sont pas imposables – elles ne sont même pas soumises aux prélèvements sociaux.

Enfin, même ce qui est gratuit ne l'est pas.

Un journal offert ou les chaînes de télé privées sont truffés de publicités. Et que dire de cette tendance à offrir le premier mois de loyer, parfois la première année d'un abonnement. Le même principe de l'édition ou des collections. Vous décidez de vendre un long roman ou une suite logique de produits, par exemple toutes les figurines de l'équipe de France de football. Vous proposez le premier à un euro. Ensuite, vous augmentez le tarif jusqu'à dépasser largement le coût de production ou d'achat. Quelle personne voudra stopper une collection si bien commencée ou se priver de savoir ce qui va arriver à Jean Valjean et Cosette ?

Finalement, de nos jours, tout se monnaye. Il n'y a plus de don, d'acte désintéressé. Tentez de publier un site internet : 9 sur 10 proposent des choses à vendre !

Tout ce désordre est dû principalement au principe du prêt bancaire. L'usure. Je n'ai, pour ma part, jamais compris pourquoi, lorsqu'on prêtait 10 euros, on devait en rembourser au minimum 11. Cela revient à dire à son voisin : je veux bien te donner un coup de main à refaire les peintures de ta cuisine, mais tu m'aideras à refaire la maçonnerie de ma maison l'an prochain.

 

5 Avril - Double face

Toutes choses ont leur pile et leur face, leur verso et leur recto, leur yin et leur yang. L'un ne va pas sans l'autre. Y compris nous-mêmes, sujets au bien ou au mal, selon le moment ou les circonstances. Tout est une question de dosage.

Petite revue des ambivalences.

Internet. Le plus formidable outil démocratique, ingérable et incontrôlable espace de liberté. Pourtant issu des cerveaux militaires. Peut-être est-ce la raison qu'il est, par ailleurs, un cruel moyen de pister et de surveiller la population entière. Même constat pour les cartes magnétiques : bancaires, de fidélité. Elles offres un confort à l'utilisateur mais également un magnifique outil de statistique et d'intrusion.

La voiture. S'émanciper de la géographie, repousser les limites, aller voir ailleurs si l'herbe y est plus verte. Saviez-vous qu'avant la seconde guerre mondiale les mariages se concrétisaient dans un rayon de sept kilomètres au maximum : la distance que pouvait parcourir aisément la jeunesse pour se rendre au bal. Symbole de liberté aux Etats-Unis au moment même où l'union soviétique encadrait sa population. Ce fut l'époque où l'on pouvait tout faire dans une voiture (d'où ses dimensions éléphantesques) : manger, voir un film, s'embrasser... et plus si affinités. Pourtant que d'embouteillages pare choc contre pare chocs les veilles de week-end ou de vacances, plus simplement chaque jour, matin et soir. Sans parler du gouffre financier que représente l'entretien de tels bolides ni des accidents imputable à la mauvaise maîtrise d'un simple outil.

La télévision. Une fenêtre sur le monde, une ouverture sur la connaissance, la culture chez soi, le divertissement à la portée de tous. Mais aussi une impitoyable machine à crétiniser, tirant toujours les programmes vers le bas, caressant les téléspectateurs dans le sens du poil pour leur vendre des spots publicitaires à gogo.

La ville. Pour qui a souffert du qu'en dira-t-on, des chuchotements de village, du pointage de doigt, un espace de liberté où tout est possible sans aucun jugement. Plus rien n'étonne, ne dérange au milieu d'une telle multitude. La norme n'est plus la norme. Respirer enfin ! Mais respirer un air vicié. Et cette non ingérence dans les affaires des autres, ô combien libératrice, se mue rapidement en détestable indifférence au malheur. Quiconque a demandé un jour à un homme affalé sur un trottoir s'il avait besoin d'aide et se faisant aussitôt rabrouer par un clochard qui cuve son vin m'aura compris. Un endroit où l'on ne peut décemment plus dire bonjour à chacun n'est décidément plus humain.

Cette ambivalence s'applique aussi à des concepts plus théoriques.

L'information. Le pilier de la démocratie auquel tous les peuples subissant la dictature rêvent d'accéder. Tout savoir, sans entrave, ne plus cacher la vérité, bénéficier d'une transparence libératrice. On ne nous cache plus rien. Seulement, trop d'infos tue l'info. Nous sommes noyés dans un océan de nouvelles, toutes mises sur le même plan. La vérité ? Non : des vérités par milliers. Le problème n'est plus de savoir ce qu'on nous cache mais parvenir à effectuer un tri dans ce maelström infernal. Plus besoin de censure, elle s'effectue d'elle-même. Nous sommes abreuvés de trop de livres, de films, de pages internet et même trop de listes de candidats aux présidentielles.

Les livres. Ils ouvrent l'esprit, ils forment le jugement, ils sont le socle du savoir. Mais à trop savoir, on ne connaît plus rien. Rien ne remplace l'expérience réelle de la vie. Se frotter aux éléments. Faire son propre tour du monde à la place de lire celui imaginé par Jules Verne.

L'éducation. L'émancipation, donner envie d'apprendre, offrir les clés pour mieux diriger sa vie. Comprendre les choses, les gens. Mais si souvent source d'endoctrinement. Oh, je ne parle pas des jeunesses Hitlériennes, des écoles de Mao ou musulmanes. Pas la peine d'aller si loin. Chaque programme, chaque vue à long terme d'un ministre de l'éducation nationale, oriente la vie de millions de têtes blondes, formatant un cerveau selon les critères de la société qu'ils devront servir. La place de la femme, l'insupportable dominance des matières scientifiques, un certain raisonnement. Rien n'est anodin. Le cerveau d'un enfant est de la pâte à modeler.

Le langage. Spécifique à l'homme. Le plus précis des moyens de communication. On ne saurait y voir du négatif. Et pourtant. C'est grâce au langage que l'on parvient à mentir, à dissimuler. Imaginons que nos émotions puissent se lire sur notre visage, il en irait tout autrement. Le pouvoir des mots peut devenir plus dangereux qu'un coup de couteau. Là, je n'invente rien.

Enfin ces deux concepts ô combien universels, qui commandent nos émotions, nos vies, nos rêves.

L'amour, d'abord. Sentiment ultime qui nous fait devenir meilleurs, qui nous porte, nous donne une force inouïe. Pourrions-nous vivre sans ? Certes non. Mais on pourrait très se passer de la passion dévorante, quand notre corps commande à notre esprit, que le désir et la jalousie s'en mêlent, s'emmêlent. On souffre tout autant que l'on jouit par amour.

La liberté, enfin. Ne rien devoir à personne. Mais ne compter sur personne. Libre, mais seul.

 

29  Mars  - Notre corps

 

Notre corps fonctionne sans nous, mais a besoin de nous pour fonctionner

Un enfant ne peut se débrouiller seul, pourtant ses fonctions vitales fonctionnent toutes seules.

On respire sans s'en apercevoir, mais on doit se forcer à manger. Le sommeil : même si on lutte, il finit par nous terrasser.

Notre corps est une formidable machine. Réfléchissez deux minutes. D'abord des milliards de cellules qui travaillent ensemble, se reproduisent (ni trop, ni trop peu). Un mécanisme d'une ingéniosité surprenante à tel point, qu'après tant d'avancées technologiques, nous peinons à en remplacer les parties perdues (implants de membres). Un cerveau qui défie tous les ordinateurs du monde. Un système nerveux plus performant que tous les médias existant.

Pourtant, toute cette belle mécanique de haute technologie semble si fragile. A la merci d'un accident, d'un virus, d'une bactérie, d'un désordre quelconque.

Là, c'est le drame. Les fonctions automatiques, auxquelles on ne pense même plus tellement elles nous sont devenues banales (c'est normal!), font défaut. Il faut y palier. Et là, par la souffrance, le manque, l'impossibilité, notre corps se rappelle douloureusement à nous. Nous devons faire l'effort de combattre la maladie. Une guerre intime, personnelle. Dans ce combat, nous avons deux alliés : la technologie (y compris la chimie = médicaments) et le personnel soignant. Sinon, il nous serait quasiment impossible, même avec la meilleure volonté du monde, de terrasser sida, cancer, maladies cardiaques.

Et pourtant, 99% de ces blessures sont imputables à notre façon de vivre. Finalement, « on l'a bien cherché ». Même si on n'est pas réellement responsable.

Notre nourriture est frelatée, mais comment manger sainement et à peu de frais ? Comment être certain de la provenance et la culture de produits que l'on ingère tous les jours ? Cela se compte par tonnes et par dizaines de mètres cubes dans toute une vie.

Nous respirons un air pollué. Mais comment avoir accès à un air pur et comment le savoir ?

Notre vie quotidienne est remplie d'agents pathogènes : divers produits que nous inhalons, dont peau est en contact régulier.

Un mauvais stress qui diminue nos défenses immunitaires, des ondes qui perturbent notre système nerveux et neuronal.

Au milieu de tout ce désordre apparent, finalement pas tant de désordre physique, cellulaire. Notre corps est une formidable machine. Il serait peut-être temps de devenir un bon pilote.

 

22 Mars - C'est la guerre 

Depuis que l'homme est homme, avant même qu'il ne se sédentarise et invente la propriété privée et son corollaire, les frontières, il n'a eu de cesse de mettre son poing (ou d'autres technologies plus avancées) sur la tête de son voisin. C'est dans nos gènes.

Question cruciale : pourquoi irai-je tuer quelqu'un que je ne connais pas pour une raison supérieure qui ne me concerne pas directement, qui ne met pas ma vie en jeu ? Cela n'a rien à voir avec le règlement de comptes ou la vengeance où l'émotion dicte sa loi.

Entrer en Résistance pose cependant la question de savoir si on a le courage de mettre sa vie en jeu pour en sauver d'autres, plus nombreuses si possible, mais aussi si on a l'audace de tuer des personnes aussi innocentes que nous.

Seulement il existe des situations où ce dilemme devient cornélien.

Une armée envahit mon village, tue mes compagnons, viole mes filles. Dois-je prendre les armes au nom des miens et de ma, de leur liberté ? Bien sûr que oui. Dois-je tuer, à mon tour, une personne qui n'a peut-être rien demandé, enrôlé de force dans une guerre qui n'est pas la sienne ? Moins sûr.

Lutter pour de grandes causes, cela va de soi. Cela entre dans le sens de la vie (sinon nous ne serions que des troupeaux broutant, dormant et se reproduisant). En utilisant les mêmes armes que l'ennemi, ça se discute. Cela est forcément voué à l'échec. Dans une guerre, il n'y a pas de vainqueurs. Ceux qui le prétendent, tout auréolés de gloire, ont du sang sur les mains jusqu'au coude et doivent payer le prix de la reconstruction.

Qui va payer pour réhabiliter le tas de ruines qu'est devenu Gaza ? Peut-on raisonnablement en faire un gigantesque club med, selon les délires de Trump (ou bien, a-t-il davantage d'humour qu'on ne le croit ?). Qui va financer la reconstruction de l'Ukraine ? Qui pour panser les blessures en Afrique ? Qui se soucie des populations civiles au moyen orient, en Amérique latine ?

Pourtant, ce jardin merveilleux qu'est notre planète, pourrait être partagée. Il y a de la place pour tous. Il y a de la nourriture pour chacun. Il suffit simplement d'écouter, comprendre, faire preuve de modestie et d'humilité, d'empathie et miséricorde. Aider les moins favorisés permet d'élever son âme tout comme essayer de devenir un homme meilleur. Voilà toute l'ambition de chaque homme.

 

 

15 Mars - Une question de démocratie

 

Ce Dimanche, les français doivent s'acquitter de leur principal devoir de citoyen, le plus important au sein d'une démocratie. Choisir leur maire. C'est, à mes yeux, l'élection, le choix le plus crucial : question de proximité. Un député doit représenter des dizaines de milliers de personnes, un président des dizaines de millions, seul un maire est plus accessible. Sur les 36 000 communes, 90% sont suffisamment modestes pour que chaque habitant connaisse particulièrement son maire, qu'il lui serre la main, puisse lui parler directement. De la vraie démocratie au quotidien.

Dans mon village, il y a cependant un problème. Nous n'avons qu'une seule liste. Il y a environ 3000 inscrits sur les listes électorales et une seule liste de 29 noms.

Soit un candidat pour 100 habitants.

Intolérable ? Pas si sûr. Prenons une ville importante, la 4ème de France : Toulouse.

259 000 inscrits. 20 Listes. 69 candidats par liste. Un ratio d'un candidat pour 187 habitants. Soit quasiment deux fois plus.

Vu sous cet angle, c'est bien ma petite commune qui serait la plus « démocratique ». Sauf qu'à priori, les 30 personnes de la même liste, partagent la même vision des choses, ont les mêmes projets.

D'un autre côté, puisqu'il n'y a qu'une liste, ils seront TOUS élus. Au moment où l'on se plaint d'une France ingouvernable, c'est un joli pied de nez. Forcément, personne de fera barrage, les décisions ne seront pas discutées et le projet ira son terme. Dans un sens, c'est un avantage.

Du reste, 68% des communes les plus modestes ne présentent qu'une seule liste... je me demande même si, dans certains cas, elles peuvent en présenter une seule !

Représenter le peuple, en être garant, responsable de leurs volontés, désirs, envies est un boulot ingrat et à plein temps, demandant une implication sans forcément de récompense en retour. Plus fort encore : lors des deux dernières présidentielles, il n'y avait pas de choix véritable au second tour. J'ose même prétendre qu'en 2022, je ne me reconnaissais dans aucune liste dès le premier tour.

On touche ici à l'une des limites de la démocratie.

Un scrutin majoritaire (et dans le cas de l'unique liste, on ne peut pas faire plus majoritaire – que se passe-t-il si les bulletins blancs dépassent ceux de la seule liste?) ne représentera, la plupart du temps, que la moitié de la population (cas récurrent lors des scrutins nationaux).

Un scrutin proportionnel, plus proche de la réalité de terrain, une photographie plus juste des aspirations, plus « démocratique » en somme, offrira une assemblée ingouvernable, sans majorité.

Quelle est la solution ? L'exemple de la Suisse n'est pas probant : un référendum pour un oui ou pour un non. Passer sa vie à voter inlassablement ne résous en rien le fond du problème : toujours cette majorité qui ne représente qu'à peine plus de la moitié des citoyens.

Un mélange des deux ? Façon royauté parlementaire. Pas mieux. La question serait-elle insoluble ? Et l'homme incapable de vivre en communauté, en masse. Réduire ces entités, alors. Aller vers un fédéralisme de petites communes ? Ce n'est que déplacer le problème ou alors instaurer le chaos total.

S'il est bon de développer la diversité dans tous les domaines, lutter contre tout monopole, il y a des limites en politique. Comment gérer un pays où, d'une commune à l'autre, les lois seraient différentes, voire opposées ? Déjà, au sein même d'une seule famille, une seule voix n'est pas acceptable. Nous avons lutté contre ce patriarcat, ce n'est pas pour tomber dans son double. Chaque être est unique et je suis le premier à clamer que chacun doit avoir sa propre pensée et ne pas se laisser dicter ses idées par la multitude.

La seule solution est celle du contrat. Les gens auraient le choix d'aller habiter là où ils se sentent le plus proche de leurs aspirations. Mais cela pose de nouveaux problèmes.

 

8 Mars - Charismatique

Mais que se passe-t-il dans la tête des gens qui ont de l'influence ? De ceux qui portent les foules, des leaders, des guides, de ceux qui possèdent ce don que l'on appelle charisme.

Le cas de l'abbé Pierre est singulier.

Pour un Hitler, un Staline, un Napoléon, voire un Sarkozy ou un Tapie, on parvient à comprendre les dérives. Elles poussent sur un terreau propice.

Même si je peux accorder des circonstances atténuantes aux deux derniers (peut-être parce qu'ils n'ont pas de sang sur les mains), il reste que le ver était déjà dans le fruit.

Maintenant, il est facile d'imaginer ce qui peut conduire à cette démesure.

Quand tout, autour de soi, se répand en satisfactions, applaudissements, glorification, il est difficile de garder les pieds sur terre. L'expression « porté par la foule » implique une déconnexion du réel, une entrée dans un autre monde – où tout semble permis.

Lorsqu'on flatte l'ego, il faut s'attendre à des pétages de plombs. L'esprit humain n'est pas calibré pour accepter les louanges, l'adulation, la vénération. Nous ne sommes pas des Dieux. Et quand on se prend au jeu, le pire n'est pas loin. Devenir Dieu implique une sacrée responsabilité, trop lourde pour un seul homme, même aux épaules larges.

Avoir la possibilité de remuer des foules, des peuples entier, demande un certain tempérament. Il est difficile de l'accepter, mais Gandhi, Chaplin et Mandela sont de cette trempe.

Dans un personnage public, il y a deux faces. D'abord celle tournée vers les autres. Et là encore, au risque de choquer, Napoléon, Hitler, Staline, Poutine et Trump veulent le bien des autres (reste à définir ce que chacun entend par « bien »). Leur action est tournée vers la communauté, sinon ils n'obtiendraient pas ce retour, sous forme de popularité. Les populistes aiment les gens, en premier. Ils savent leur parler d'eux. Ils caressent dans le bon sens. Seulement, plus ou moins rapidement, cela dérape du fait de leur personnalité, forcément hors normes.

Le pouvoir, l'ascendant, la glorification attendent au tournant. Et, comme en psychanalyse, le pouvoir est synonyme de sexualité, il est facile d'imaginer les dérives et les excès.

Je ne parle pas de celles et ceux (mais plus souvent de ceux tout de même : société patriarcale en cause ou l'esprit « féminin » empêcherait-il ces dérives?) qui en jouent ou qui sont dépassés par leur aura. Puisqu'il est facile d'ordonner tout et n'importe quoi (même au sein des démocraties qui ont justement été inventées pour palier à ce genre de glissement), il est bien difficile d'y résister.

Je rappelle ici que la mesure n'est pas dans leurs gênes. Ni Gandhi, ni Jésus, ne connaissent la mesure, même s'ils sont portés par de bonnes intentions. Ils possèdent cette faculté d'irradier, comme une lumière attire les insectes.

Humilité et modestie ne semblent pas faire partie de leur patrimoine personnel. Pourtant... On ne peut reprocher à l'abbé Pierre une quelconque arrogance. Même s'il a été élevé dans une famille sinon riche, mais loin du dénuement auquel il sera, par sa propre volonté, confronté plus tard. D'abord chez les moines Capucins (l'ordre le plus rigoureux), puis dans sa croisade pour les mal logés. « Il aurait donné sa chemise », mais bien plus : il y a sacrifié sa propre santé.

On est loin, ici, des hautes sphères, des salons tapissés de velours, du pouvoir absolu, où le moindre claquement de doigt fait accourir une armée de serviteurs.

Un psychanalyste avancerait certainement que cette recherche de l'humilité, cette volonté de se rapprocher de la misère, d'en souffrir est une pathologie qui s'accorde à une certaine forme d'orgueil. L'orgueil du martyr.

C'est aller un peu loin, je l'accorde. Mais, je ne comprends pas, mais absolument pas, comment un tel homme a pu dériver, lui aussi, lui surtout, dans une abjection similaire.

La santé psychique des personnes, en particulier des enfants, me semble tout aussi primordiale que leur estomac.

Là, je n'ai pas la réponse.

Sinon qu'à un moment, une personne déconnectée de son environnement, projetée dans un autre monde – même si celui-ci reste simple et modeste – n'a plus de repères et que, cruelle ironie, il se plie à ses instincts, il devient leur serviteur... tout comme cette multitude de personnes dont il est le guide, le sauveur, le héros.

 

 

1er Mars -  Excès ou sagesse

 

« La vie : une tragédie pour qui la sent, une comédie pour qui la pense ».

Cette maxime de La Bruyère pose la question de savoir comment aborde-t-on l'existence. Avec sa tête ou avec ses tripes, son âme ou son cœur.

Un certain détachement la rend forcément futile. Que représente une petite centaine d'années de vie humaine au regard des dimensions temporelles de l'univers ? Qu'est notre planète, perdue dans une galaxie faite de milliards de milliards de soleils, multipliée par tout autant d'autres galaxies ?

Tout devient relatif à partir du moment où l'on prend du recul ; si l'on change de point de vue.

Qu'est-ce que la pauvreté, si l'on regarde ceux qui meurent de faim. Qu'est-ce que la souffrance, si l'on imagine ceux qui subissent la torture. Il y aura toujours quelqu'un de plus mal loti que nous.

Rechercher la sagesse, se détacher du monde, jusqu'à se libérer des liens qui nous entravent. Voilà la quête principale des bouddhistes et, d'une manière générale, de toutes les religions pour lesquelles l'esprit est dissocié du corps. On doit abandonner nos sensations physiques, résolument terrestres, parfaitement vulgaires, pour n'aspirer qu'à élever notre âme. Humilité, modestie, détachement, chasteté. Se couper des joies et des peines pour atteindre un palier supérieur.

Une galéjade annonce qu'une vie sage, sans excès ni trouble, ne nous fera peut-être pas vivre plus longtemps... mais que le temps nous paraîtra assurément plus long.

Au contraire, ressentir physiquement le monde qui nous entoure peut à la fois réjouir et meurtrir. Vivre passionnément donne du contraste à l'existence. Epicuriens, hédonistes jouissent de la vie, s'y brûlent les ailes, mais vivent. Ressentir plutôt que penser la vie offre donc davantage de soucis (ceux liés à tous les excès), mais aussi plus de joies, de plaisir. Les émotions emplissent la vie, la rende plus magique, plus intense, plus généreuse.

Il n'est donc pas vrai que l'on souffre forcément quand on suit ses passions. Ce n'est qu'une question d'intensité, d'amplitude.

Se détacher de notre environnement, « penser » le monde, est une quête recevable. Mais à prendre autant de recul, ne va-t-on pas finir solitaire, ascète, ermite. N'est-ce pas une position quelque peu égoïste ? D'autre part, refuser le bonheur et la douleur, c'est aussi fuir devant ses responsabilités. S'enfermer dans son monde, déconnecté des autres, de la souffrance autant que du plaisir.

Loin de faire l'apologie des excès de tout ordre, il est bon de se frotter aux autres. Et il est bien, aussi. Salutaire. La seule manière de porter secours, d'être utile, de donner un sens et une raison à sa vie est de la vivre, dans toutes ses dimensions. Ses excès. Peut-être s'y brûler les ailes, s'y perdre.

Et pourtant, à bien y regarder, c'est une forme primaire d'égoïsme également : jouir de tout, ici et maintenant. Sans contrainte. Profiter implique que, quelque part, quelqu'un d'autre en paiera le prix. Puisque tout est lié.

Quelle est la bonne voie, alors ? Il n'y en a pas.

Juste un équilibre à trouver entre ces deux extrêmes. La vie n'est finalement qu'un numéro de funambulisme.

 

22 Février - une certaine  idée du Pouvoir

C'est en lisant Guerre & Paix que j'ai peut-être trouvé une piste pour comprendre pourquoi le monde tourne si mal. Tolstoï remarque que, plus on agit et moins l'on commande. Que le pouvoir s'offre de la liberté dont sont privés les esclaves soumis aux ordres. Particulièrement dans un système très hiérarchisé comme l'armée, où plus on monte en grade, moins on s'expose au tir de l'ennemi. On pourrait penser qu'un homme en vaut davantage qu'un autre et qu'il serait criminel d'exposer inutilement un général en ligne de front. Ce n'est pas ça.

On ne peut agir et penser à la fois. Du moins il semblerait que ce soit vrai pour les militaires. L'énergie et le temps que prend une décision ne peut être utilisée pour se battre et, inversement, lorsqu'on agit, on n'est pas dans les meilleures conditions pour réfléchir.

A partir de là, une hiérarchie s'installe. Il y a les concepteurs d'un côté et les producteurs de l'autre.

Pourtant, un artisan, un paysan est, tour à tour et la fois, concepteur et producteur, prenant la décision du bon geste puis l'exécutant. Dès que l'on emploie du personnel, que l'on délègue, ce cercle vertueux s'estompe, disparaît pour ne laisser qu'une société verticale.

Mais comment bien exécuter un geste que l'on n'a pas pensé ? Et comment bien imaginer ce que l'on est incapable de réaliser ? Nos sociétés, trop sociales (dans le sens où chacun a besoin de l'autre), ne peuvent fonctionner sans ordre. Il est impensable d'imaginer un corps où chaque cellule n'en ferait que selon son bon vouloir. Pourtant elles existent, ces cellules, on les nomme cancer. Proliférer sans tenir compte des autres. Faire preuve d'un égoïsme mortel pour l'ensemble du système. D'un autre côté, gérer des millions, des milliards d'entités – même si celles-ci sont dotés d'une capacité à penser par elles-mêmes – demande une certaine hiérarchie. Mais au nom de quoi cette organisation devrait-elle forcément être verticale ? Un système organisé à l'horizontal peut tout aussi bien être efficace.

 

15 Février - Acteur ou comédien ?

Il serait trop simple de répondre qu'un acteur est un comédien qui joue dans des films et un comédien, un acteur qui fait du théâtre. Jolie pirouette, mais inexacte.

Un comédien possède une technique (que l'on apprend dans les cours de comédie) qui lui permet de « singer » tous les comportements et les émotions humaines. Même si cela est spécifique au théâtre, où le jeu ne peut s'embarrasser de nuances, où la voix doit porter, on rencontre des comédiens au cinéma.

Il fut un temps où il n'y avait quasiment que ça.

Gabin, Ventura, De Funès, Fernandel, Raimu, Belmondo sont de purs comédiens.

Un comédien joue. Comme l'enfant qui annonce, sans ambages : « on ferait comme si». Il y a une jubilation à entrer dans la peau d'un personnage. On n'est pas loin du cabotinage.

Un acteur va s'impliquer davantage. Comme il ne possède pas, à priori, de technique, il va devoir aller chercher les émotions au plus profond de lui-même, fouiller dans sa propre expérience, sa mémoire des sens. Se mettre en quête de sensations, de rencontres, de « vivant » : son fond de commerce. Jusqu'à, parfois, s'y brûler les ailes. Ainsi Romy Schneider ou Patrick Dewaere sont de purs acteurs.

Etymologiquement, un comédien est une personne qui « interprète » un rôle (comédie venant du grec, alliant fête et chant - une scène chantée en l'honneur du dieu Dionysos) alors qu'acteur vient du latin « actor » (celui qui interprète, plus généralement), terme qui n'est pas si loin d'action. Ainsi, tout le monde est acteur, tout le monde « agit » dans sa propre vie, « jouant » son propre personnage en société. Plus ou moins, mais on ne va pas se mettre à nu devant celles et ceux que l'on ne connaît pas.

Du reste, on ne joue pas, on « est ». Devenir comédien s'apprend, il existe des techniques, comme un magicien qui réalise un tour pour de faux. Un acteur est son propre outil, il doit être de la pâte à modeler.

Un acteur va donc se couler dans un personnage, s'en imbiber, tandis qu'on sera plus enclin à écrire un rôle pour un comédien : cette fois, l'histoire et les situations s'adaptent à la personnalité hors normes du comédien.

Il va de soi qu'actuellement, on rencontre de moins en moins de comédiens, ces vraies machines à jouer. Tout est plus subtil, fin, plus « réaliste ».

Il n'y a plus de « gueules » à la façon des dinosaures du cinéma cités plus haut, mais des acteurs caméléons qui savent devenir quelqu'un d'autre le temps d'une représentation. A ce petit jeu, la schizophrénie guette.

On prétend que les stars ont disparu depuis la fin de l'âge d'or d'Hollywood – qui coïncide justement avec l'arrivée de la télévision dans les foyers.

Pourtant l'adulation reste identique : on a besoin de s'identifier à une personnalité qui synthétise nos envies, que ce soit dans le domaine du sport, de la chanson ou du cinéma. Seulement, les Belmondo, Gabin, Delon ou Bourvil faisaient du Belmondo, du Gabin, du Delon ou du Bourvil. C'est ce que les producteurs leur demandaient et leur public en raffolait. Nuance pour les deux derniers, Delon et Bourvil. On leur a proposé des rôles aux antipodes de leur « spécialité » et ils s'en sont parfaitement sortis. N'étaient-ils donc pas totalement comédiens, mais aussi un peu acteurs ?

Je crois que, comme dans n'importe quelle partie de la vie, n'importe quel système, il ne peut y avoir une seule réponse bien tranchée. On ne peut être purement une seule chose ; nous sommes constitués d'une mosaïque de nuances et ce qui nous rend uniques, c'est justement le pourcentage de chaque élément dont nous sommes constitués. Comme le brassage de nos gênes. Nous sommes, tout à la fois, un peu acteur et un peu comédien.

 

 

8 Février - La bonne info

L'information est l'oxygène des démocraties. Savoir pour comprendre.

Il y a cependant deux écueils importants. D'une part, la façon dont sont exposés les faits, d'autre part la pertinence de telle info.

Je ne reviens pas sur le point de vue que l'on peut donner à un même fait. Il va de soi que regarder une même scène sous un angle différent influe sur la perception que l'on va en avoir. Ainsi, tout comme lors d'un procès au tribunal, il est crucial d'avoir plusieurs points de vue.

Ce qui nous occupe ici, c'est plutôt le choix de l'information.

Chaque jour, il se passe des millions de choses dans le monde, de plus ou moins grande importance, d'une portée limitée ou universelle.

Chaque jour, 157 000 personnes en moyenne vont mourir. Il n'est donc pas question de tout relater. Il va se soi qu'un proche qui disparaît laisse un plus grand vide dans notre vie que cinquante au bout du monde.

De vieux parents qui s'éteignent paisiblement dans leur sommeil n'équivaut pas à la perte d'un adolescent dans un accident de la route, une overdose de drogue ou, pire, un suicide.

La pertinence d'une info est liée à l'influence qu'elle peut avoir sur nos consciences.

Ainsi, un accident routier nous interpelle parce que, nous tous, nous pouvons (nous devons) changer nos comportements. Etre attentif. Même chose pour le suicide, avec en prime, une plus grande implication : dans quelle mesure en suis-je responsable ?

En parler permet une prise de conscience.

Un mort est un mort, il ne peut y avoir une hiérarchie de la douleur. Mais une personne de 95 ans qui a vécu une belle vie et qui s'éteint de vieillesse dans son lit ne remet rien en question dans notre quotidien, nos attitudes. Quoi que l'on pense, quoi que l'on fasse, il en ira de même. Nous ne pouvons rien changer à cette disparition. Il faut l'accepter. C'est dans le cours des choses. C'est naturel.

Les victimes d'attentat, les cancers provoqués par ce que nous respirons, mangeons, utilisons chaque jour peuvent (et doivent) être évités, du moins poser des questionnements plus généraux.

En informer, puis en discuter, permet à chacun d'influencer sur les politiques et, à notre modeste niveau, de faire avancer les choses.

Si un tsunami ravage une côte à l'autre bout du monde, nous n'aurons pas beaucoup de possibilités d'agir sur quoi que ce soit. Ce que nous pourrons faire, au mieux, c'est juste panser les blessures en envoyant des chèques de soutien et en faisant confiance aux personnes impliquées (vont-elles réagir comme nous le ferions, du reste réagirions-nous de la meilleure des façons?).

Une guerre civile dans un état africain ne stoppera pas même si l'on s'indigne fortement. En revanche, deux personnes tuées par la police des frontières à nos portes – là, nous pouvons faire quelque chose. C'est la force de la démocratie où le vrai pouvoir appartient à tout le monde. Le pouvoir décisionnel est réservé à une élite, mais cette élite nous la choisissons et nous pouvons la remettre en question à tout moment. Uniquement si nous sommes capables de nous affranchir des différents conditionnements qui entravent notre si précieux libre-arbitre.

 

1er Février - la loi du plus fort 

Lorsqu'on vit ensemble, en communauté, assemblés en cités, comme le fait l'homme depuis qu'il est homme et même avant (les primates ne sont pas des solitaires, façon ours ou loup), apparaît inévitablement deux frictions dans cette sociabilité forcée.

D'abord l'amour, ensuite les conflits.

On aime ou on n'aime pas. Peu importe les causes.

Dans le premier cas, mis à part une passion trop forte qui peut dériver vers le second cas, tout est censé se passer dans le meilleur des mondes. On se bisouille, on se câline, on s'étreint. On en redemande.

En revanche, au premier conflit, tout se dégrade.

Depuis la nuit des temps, tout se règle sur le mode du plus fort. Celui qui tapera avec le plus de conviction va l'emporter. Le plus méchant imposera sa loi. Le plus hargneux sera l'élu.

Mais pourquoi donc, dans un conflit, le plus gentil, le plus intelligent, le plus influent, le plus beau à la rigueur n'aurait-il pas l'avantage ? Mais surtout le plus sage. Imaginons une société où les batailles se régleraient par le sexe, comme l'ont bien compris les bonobos, ces cousins des chimpanzés, ceux-ci réputés pour n'être pas des tendres et ce n'est pas un hasard s'ils nous sont les plus proches sur l'échelle de l'Evolution.

Mettre en avant ses muscles est purement culturel. On aurait pu choisir tout autre argument. J'aimerais bien savoir ce qu'il s'est passé dans la tête des deux premiers hommes qui n'étaient pas d'accord entre eux pour une divergence de vue sûrement liée à la nourriture, au logis ou au sexe : nos trois priorités fondamentales.

La Bible botte en touche avec son Adam et son Eve : pas de concurrence, de rivalité entre mâles pour obtenir les faveurs de la femelle. Pas de parade amoureuse comme chez la plupart des mammifères. Car, si certains fauves ou cervidés se battent, beaucoup d'espèces misent sur leur beauté (le paon), leur talent (le chant des oiseaux), leur compassion (la capacité à s'occuper des petits et gérer une famille – chez les manchots, par exemple). Pourquoi avoir choisi la force ?

A partir de là, le plis est pris pour aboutir, au final, à la Shoah ou autres réjouissances du XXème siècle.

La force est un constat d'échec. Nous nous targuons de posséder d'un langage articulé, à priori le summum en matière de communication entre individus. Pourtant, bien souvent, nous n'arrivons pas à utiliser nos mots et passons directement à nos muscles.

Bien sûr, un monde dans lequel les conflits se régleraient d'une toute autre manière ne serait pas équitable. Pourquoi le plus beau ou le plus influent serait-il le gagnant à coup sûr ? Là encore, il subsisterait une injustice. Le meilleur moyen de régler un différent entre deux partis est de faire intervenir un arbitre, un juge, en quelques mots des personnes extérieures et non concernés directement par l'objet de la rivalité. On appelle cela la justice.

 

25 Janvier - Mauvaise association de mots

 

Lu récemment dans Libé : « agression sexuelle sur nourrisson à l'hôpital ».

Là, je m'interroge. L'association de mots ne fonctionne pas. Dans un test de Q.I., on serait recalé. Police + menottes + Prison (Galabru dans Subway), c'est bon.

Soleil + vacances + plage, ça fonctionne aussi. Mais agression + nourrisson + hôpital ?

Prenons, pour commencer, par groupe de deux mots. Agression + hôpital. Déjà, simplement agression. Y'a quelque chose qui cloche, là. Pourquoi, dans n'importe quel conflit, faut-il que ce soit toujours les muscles qui l'emportent ? Mais agression + hôpital, y'a antinomie, là ! Un hôpital est un lieu où l'on répare, où l'on soigne, où l'on apaise, étymologiquement un lieu d'accueil.

Maintenant, évoquons le couple agression + nourrisson. Nourrisson, c'est à dire, pas même un enfant, ces petits êtres qui hurlent et posent mille questions. Pas même un bébé, chose grouillante qui gesticule (car ne connaît même pas l'usage de ses jambes) et hurle sans poser de questions (langage approximatif).

Non, un nourrisson. De nourrice, qui donne le sein, bref qui est totalement vulnérable et parfaitement incapable de se débrouiller tout seul. Ce n'est plus de la pédophilie, là.

D'ailleurs, je me demande bien ce qu'on peut faire de « sexuel » à un nourrisson ? Lui donner le sein, peut-être. D'un point de vue psychanalytique (bonjour Sigmund), ça se défend. D'autant que lorsque je tête les lolos de mon amoureuse, ce n'est QUE sexuel. Mais on parle, là, d'adultes consentants et somatisant chaque geste, la moindre caresse (sinon, ce n'est QUE du massage...).

Au-delà de cette info (quelle info ? Quelle est la pertinence de savoir cela?), j'aimerais savoir comment un être humain en arrive à de telles déviances. Cela ne se rencontre pas dans le règne animal. Notre trop gros cerveau ne nous oblige-t-il pas à des extrémités pareilles ? Nous avons une Ferrari dans les mains, alors que nous sommes incapables de conduire un tricycle.

 

18 janvier – Justice

Tolstoï, dans Guerre & Paix, s'interroge sur les causes de la guerre de l'Empire face à la grande Russie. Elles ne peuvent se résumer à la mégalomanie de Napoléon et les désirs de grandeur d'Alexandre. Trop simple. Il existe une infinité de causes qui, par cascades et enchaînements, ont provoqué un conflit majeur. Cela est vrai pour tout conflit armé – seule preuve tangible que tout a échoué. Utiliser la force est le constat désolant d'une faiblesse morale.

Un crime, une violence, des propos mal tenus ne peuvent se résumer à une seule cause. Il n'y a, au mieux, qu'un élément déclencheur. Un catalyseur, rien de plus.

Si l'on devait lister tous les événements, les coïncidences, les causes et leurs effets qui ont amené à tel comportement déviant, on écrirait un livre.

Voilà pourquoi il est si difficile de rendre la justice.

Qui a tort, qui a raison ? Et si ceux-ci étaient partagés ? Ni tout à fait coupable, pas vraiment innocent. Bien malin celui qui pourra réduire une culpabilité trop facilement et rapidement attribuée à quelques causes facilement identifiables.

Nous sommes le produit de nos ancêtres, gouvernés par nos gènes, nous sommes conditionnés par notre culture, manipulés par notre entourage, notre libre arbitre ne s'exerce que sous des pressions morales internes dont les causes s'éparpillent en milliers d'explications diverses.

Pourquoi telle décision, pourquoi tel geste ? Sommes-nous même capables d'en identifier la source ? Notre cerveau est malléable comme de la pâte à modeler. Nos sens nous trompent, ou plus exactement c'est lui, notre trop gros cerveau, qui nous leurre en mettant en place une logique qui lui est propre. En piochant dans notre mémoire, elle-même sujette à de constants changements et mises à jour ; en comparant à chaque instant, devant toute prise de décision, avec notre expérience. Même le plus rigoureux des raisonnements si abstrait soit-il est entaché de doutes, d'approximations.

Ce qui fait de nous des animaux doués d'intelligence n'est qu'une imperfection subtile.

Devant ces incertitudes, prouvons que nous avons un cerveau en bon état de marche. Utilisons le pardon, la tolérance et l'amour en toutes choses.

 

11 janvier – Minimaliste

Toute la beauté du monde.

Bien sûr, les pyramides d'Egypte, le grand Canyon, la Grande Muraille, les chutes Victoria, l'Himalaya, le Sahara, les plateaux des Andes, les parcs Africains...

Aucun superlatif ne sera assez puissant pour décrire ces merveilles.

Un tableau de maître, une symphonie de Mozart, quelques pages de Stendhal ou d'Hugo.

Les exploits sportifs des meilleurs athlètes au monde, les avancées scientifiques dues aux plus grands chercheurs, visionnaires. Tout cela est enviable. Tout cela exalte notre nature humaine, celle de toujours tendre vers l'excellence, de nous dépasser encore et encore.

Pourtant, bien peu d'entre nous aurons la possibilité d'atteindre cette perfection, de tutoyer les hautes sphères de l'âme humaine ni même de se rendre dans ces sites sublimes.

Il n'existe pas d'animal capable de se magnifier de telle sorte, d'accéder au génie. Peut-être parce que les animaux sont mieux adaptés à leur environnement. Ils sont, tous, de vrais artistes. Ils portent leur talent dans leurs gènes.

L'humain doit se résigner à accepter sa condition, celle de n'être pas un génie, de n'avoir pas le talent de certains. Comme il est important de rêver sa vie pour la vivre du mieux possible, il est primordial de connaître aussi ses possibilités et ses limites.

Vous ne deviendrez certainement pas un sportif d'exception, un grand artiste, un héros des temps modernes. Cependant, à votre niveau, dans votre vie de tous les jours, vous avez la possibilité de donner le meilleur de vous même. Tout comme on ne peut écouter une sonate de Haendel ou arpenter les plus beaux sites du monde tous les jours, il faut apprendre à rester humble et modeste, inconnu parmi les inconnus.

Et pourtant, si vous apportez votre minuscule caillou au grand édifice planétaire, vous serez reconnu par vos proches, estimés par vos connaissances.

Chercher la beauté dans la banalité, voilà toute la difficulté. Le monde est beau, il suffit de savoir l'observer.

S'épanouir et offrir aux autres ses talents, si insignifiants soient ils, est un vrai challenge.

 

4 janvier - Uniformisation

Récemment, j'ai dû être hospitalisé.

Et, d'infirmier en aide soignante, on s'est étonné que je n'utilise pas d'oreiller.

« Vous dormez sans oreiller ? »

Et ainsi, décliné à l'infini :

« Vous n'avez pas de smartphone ? Vous ne regardez pas la télévision ? Vous ne possédez pas de voiture ? Vous êtes homo ? Vous êtes noir ? Vous êtes de gauche ? »

L'uniformisation a de beaux jours devant elle.

Il existe une différence entre des mœurs et des habitudes vestimentaires liées aux conditions environnementales et la simple singerie du voisin. Un simple souci d'intégration, je suppose.

On ne mange pas la même nourriture en bord de mer qu'au fin fond des vallées montagneuses. On ne s'habille pas de la même façon selon que l'on habite au Sahara ou en Sibérie.

Ces impératifs écologiques semblent même devoir s'effacer, comme le prouve l'hégémonie de coca-cola ou McDonald partout dans le monde. La chemise/jean est devenu la tenue standard pour des milliards de personnes qui n'ont, à priori, pas grand chose à voir les uns avec les autres.

Qu'en est-il de la culture ? Cet ensemble de codes et de façons de vivre ensemble, ce ciment de la communauté. Bien sûr, une identité collective est souhaitable, réunissant des individualités autour de valeurs partagées ou d'un projet commun. Mais elle doit se composer à la façon d'une mosaïque, en respectant les différences de chacun et chacune. Les particularités doivent s'unir dans quelque chose de plus vaste et non l'inverse. La culture ne doit pas être le socle sur lequel tous vont s'aligner « parce que c'est comme ça et pas autrement », mais plutôt magnifier les différences comme autant de pixels forment une belle image, proportionnée et harmonieuse.