Je Pense Donc... j'écris 2026
Je pense... donc j'écris
1er Mars - Excès ou sagesse
« La vie : une tragédie pour qui la sent, une comédie pour qui la pense ».
Cette maxime de La Bruyère pose la question de savoir comment aborde-t-on l'existence. Avec sa tête ou avec ses tripes, son âme ou son cœur.
Un certain détachement la rend forcément futile. Que représente une petite centaine d'années de vie humaine au regard des dimensions temporelles de l'univers ? Qu'est notre planète, perdue dans une galaxie faite de milliards de milliards de soleils, multipliée par tout autant d'autres galaxies ?
Tout devient relatif à partir du moment où l'on prend du recul ; si l'on change de point de vue.
Qu'est-ce que la pauvreté, si l'on regarde ceux qui meurent de faim. Qu'est-ce que la souffrance, si l'on imagine ceux qui subissent la torture. Il y aura toujours quelqu'un de plus mal loti que nous.
Rechercher la sagesse, se détacher du monde, jusqu'à se libérer des liens qui nous entravent. Voilà la quête principale des bouddhistes et, d'une manière générale, de toutes les religions pour lesquelles l'esprit est dissocié du corps. On doit abandonner nos sensations physiques, résolument terrestres, parfaitement vulgaires, pour n'aspirer qu'à élever notre âme. Humilité, modestie, détachement, chasteté. Se couper des joies et des peines pour atteindre un palier supérieur.
Une galéjade annonce qu'une vie sage, sans excès ni trouble, ne nous fera peut-être pas vivre plus longtemps... mais que le temps nous paraîtra assurément plus long.
Au contraire, ressentir physiquement le monde qui nous entoure peut à la fois réjouir et meurtrir. Vivre passionnément donne du contraste à l'existence. Epicuriens, hédonistes jouissent de la vie, s'y brûlent les ailes, mais vivent. Ressentir plutôt que penser la vie offre donc davantage de soucis (ceux liés à tous les excès), mais aussi plus de joies, de plaisir. Les émotions emplissent la vie, la rende plus magique, plus intense, plus généreuse.
Il n'est donc pas vrai que l'on souffre forcément quand on suit ses passions. Ce n'est qu'une question d'intensité, d'amplitude.
Se détacher de notre environnement, « penser » le monde, est une quête recevable. Mais à prendre autant de recul, ne va-t-on pas finir solitaire, ascète, ermite. N'est-ce pas une position quelque peu égoïste ? D'autre part, refuser le bonheur et la douleur, c'est aussi fuir devant ses responsabilités. S'enfermer dans son monde, déconnecté des autres, de la souffrance autant que du plaisir.
Loin de faire l'apologie des excès de tout ordre, il est bon de se frotter aux autres. Et il est bien, aussi. Salutaire. La seule manière de porter secours, d'être utile, de donner un sens et une raison à sa vie est de la vivre, dans toutes ses dimensions. Ses excès. Peut-être s'y brûler les ailes, s'y perdre.
Et pourtant, à bien y regarder, c'est une forme primaire d'égoïsme également : jouir de tout, ici et maintenant. Sans contrainte. Profiter implique que, quelque part, quelqu'un d'autre en paiera le prix. Puisque tout est lié.
Quelle est la bonne voie, alors ? Il n'y en a pas.
Juste un équilibre à trouver entre ces deux extrêmes. La vie n'est finalement qu'un numéro de funambulisme.
22 Février - une certaine idée du Pouvoir
C'est en lisant Guerre & Paix que j'ai peut-être trouvé une piste pour comprendre pourquoi le monde tourne si mal. Tolstoï remarque que, plus on agit et moins l'on commande. Que le pouvoir s'offre de la liberté dont sont privés les esclaves soumis aux ordres. Particulièrement dans un système très hiérarchisé comme l'armée, où plus on monte en grade, moins on s'expose au tir de l'ennemi. On pourrait penser qu'un homme en vaut davantage qu'un autre et qu'il serait criminel d'exposer inutilement un général en ligne de front. Ce n'est pas ça.
On ne peut agir et penser à la fois. Du moins il semblerait que ce soit vrai pour les militaires. L'énergie et le temps que prend une décision ne peut être utilisée pour se battre et, inversement, lorsqu'on agit, on n'est pas dans les meilleures conditions pour réfléchir.
A partir de là, une hiérarchie s'installe. Il y a les concepteurs d'un côté et les producteurs de l'autre.
Pourtant, un artisan, un paysan est, tour à tour et la fois, concepteur et producteur, prenant la décision du bon geste puis l'exécutant. Dès que l'on emploie du personnel, que l'on délègue, ce cercle vertueux s'estompe, disparaît pour ne laisser qu'une société verticale.
Mais comment bien exécuter un geste que l'on n'a pas pensé ? Et comment bien imaginer ce que l'on est incapable de réaliser ? Nos sociétés, trop sociales (dans le sens où chacun a besoin de l'autre), ne peuvent fonctionner sans ordre. Il est impensable d'imaginer un corps où chaque cellule n'en ferait que selon son bon vouloir. Pourtant elles existent, ces cellules, on les nomme cancer. Proliférer sans tenir compte des autres. Faire preuve d'un égoïsme mortel pour l'ensemble du système. D'un autre côté, gérer des millions, des milliards d'entités – même si celles-ci sont dotés d'une capacité à penser par elles-mêmes – demande une certaine hiérarchie. Mais au nom de quoi cette organisation devrait-elle forcément être verticale ? Un système organisé à l'horizontal peut tout aussi bien être efficace.
15 Février - Acteur ou comédien ?
Il serait trop simple de répondre qu'un acteur est un comédien qui joue dans des films et un comédien, un acteur qui fait du théâtre. Jolie pirouette, mais inexacte.
Un comédien possède une technique (que l'on apprend dans les cours de comédie) qui lui permet de « singer » tous les comportements et les émotions humaines. Même si cela est spécifique au théâtre, où le jeu ne peut s'embarrasser de nuances, où la voix doit porter, on rencontre des comédiens au cinéma.
Il fut un temps où il n'y avait quasiment que ça.
Gabin, Ventura, De Funès, Fernandel, Raimu, Belmondo sont de purs comédiens.
Un comédien joue. Comme l'enfant qui annonce, sans ambages : « on ferait comme si». Il y a une jubilation à entrer dans la peau d'un personnage. On n'est pas loin du cabotinage.
Un acteur va s'impliquer davantage. Comme il ne possède pas, à priori, de technique, il va devoir aller chercher les émotions au plus profond de lui-même, fouiller dans sa propre expérience, sa mémoire des sens. Se mettre en quête de sensations, de rencontres, de « vivant » : son fond de commerce. Jusqu'à, parfois, s'y brûler les ailes. Ainsi Romy Schneider ou Patrick Dewaere sont de purs acteurs.
Etymologiquement, un comédien est une personne qui « interprète » un rôle (comédie venant du grec, alliant fête et chant - une scène chantée en l'honneur du dieu Dionysos) alors qu'acteur vient du latin « actor » (celui qui interprète, plus généralement), terme qui n'est pas si loin d'action. Ainsi, tout le monde est acteur, tout le monde « agit » dans sa propre vie, « jouant » son propre personnage en société. Plus ou moins, mais on ne va pas se mettre à nu devant celles et ceux que l'on ne connaît pas.
Du reste, on ne joue pas, on « est ». Devenir comédien s'apprend, il existe des techniques, comme un magicien qui réalise un tour pour de faux. Un acteur est son propre outil, il doit être de la pâte à modeler.
Un acteur va donc se couler dans un personnage, s'en imbiber, tandis qu'on sera plus enclin à écrire un rôle pour un comédien : cette fois, l'histoire et les situations s'adaptent à la personnalité hors normes du comédien.
Il va de soi qu'actuellement, on rencontre de moins en moins de comédiens, ces vraies machines à jouer. Tout est plus subtil, fin, plus « réaliste ».
Il n'y a plus de « gueules » à la façon des dinosaures du cinéma cités plus haut, mais des acteurs caméléons qui savent devenir quelqu'un d'autre le temps d'une représentation. A ce petit jeu, la schizophrénie guette.
On prétend que les stars ont disparu depuis la fin de l'âge d'or d'Hollywood – qui coïncide justement avec l'arrivée de la télévision dans les foyers.
Pourtant l'adulation reste identique : on a besoin de s'identifier à une personnalité qui synthétise nos envies, que ce soit dans le domaine du sport, de la chanson ou du cinéma. Seulement, les Belmondo, Gabin, Delon ou Bourvil faisaient du Belmondo, du Gabin, du Delon ou du Bourvil. C'est ce que les producteurs leur demandaient et leur public en raffolait. Nuance pour les deux derniers, Delon et Bourvil. On leur a proposé des rôles aux antipodes de leur « spécialité » et ils s'en sont parfaitement sortis. N'étaient-ils donc pas totalement comédiens, mais aussi un peu acteurs ?
Je crois que, comme dans n'importe quelle partie de la vie, n'importe quel système, il ne peut y avoir une seule réponse bien tranchée. On ne peut être purement une seule chose ; nous sommes constitués d'une mosaïque de nuances et ce qui nous rend uniques, c'est justement le pourcentage de chaque élément dont nous sommes constitués. Comme le brassage de nos gênes. Nous sommes, tout à la fois, un peu acteur et un peu comédien.
8 Février - La bonne info
L'information est l'oxygène des démocraties. Savoir pour comprendre.
Il y a cependant deux écueils importants. D'une part, la façon dont sont exposés les faits, d'autre part la pertinence de telle info.
Je ne reviens pas sur le point de vue que l'on peut donner à un même fait. Il va de soi que regarder une même scène sous un angle différent influe sur la perception que l'on va en avoir. Ainsi, tout comme lors d'un procès au tribunal, il est crucial d'avoir plusieurs points de vue.
Ce qui nous occupe ici, c'est plutôt le choix de l'information.
Chaque jour, il se passe des millions de choses dans le monde, de plus ou moins grande importance, d'une portée limitée ou universelle.
Chaque jour, 157 000 personnes en moyenne vont mourir. Il n'est donc pas question de tout relater. Il va se soi qu'un proche qui disparaît laisse un plus grand vide dans notre vie que cinquante au bout du monde.
De vieux parents qui s'éteignent paisiblement dans leur sommeil n'équivaut pas à la perte d'un adolescent dans un accident de la route, une overdose de drogue ou, pire, un suicide.
La pertinence d'une info est liée à l'influence qu'elle peut avoir sur nos consciences.
Ainsi, un accident routier nous interpelle parce que, nous tous, nous pouvons (nous devons) changer nos comportements. Etre attentif. Même chose pour le suicide, avec en prime, une plus grande implication : dans quelle mesure en suis-je responsable ?
En parler permet une prise de conscience.
Un mort est un mort, il ne peut y avoir une hiérarchie de la douleur. Mais une personne de 95 ans qui a vécu une belle vie et qui s'éteint de vieillesse dans son lit ne remet rien en question dans notre quotidien, nos attitudes. Quoi que l'on pense, quoi que l'on fasse, il en ira de même. Nous ne pouvons rien changer à cette disparition. Il faut l'accepter. C'est dans le cours des choses. C'est naturel.
Les victimes d'attentat, les cancers provoqués par ce que nous respirons, mangeons, utilisons chaque jour peuvent (et doivent) être évités, du moins poser des questionnements plus généraux.
En informer, puis en discuter, permet à chacun d'influencer sur les politiques et, à notre modeste niveau, de faire avancer les choses.
Si un tsunami ravage une côte à l'autre bout du monde, nous n'aurons pas beaucoup de possibilités d'agir sur quoi que ce soit. Ce que nous pourrons faire, au mieux, c'est juste panser les blessures en envoyant des chèques de soutien et en faisant confiance aux personnes impliquées (vont-elles réagir comme nous le ferions, du reste réagirions-nous de la meilleure des façons?).
Une guerre civile dans un état africain ne stoppera pas même si l'on s'indigne fortement. En revanche, deux personnes tuées par la police des frontières à nos portes – là, nous pouvons faire quelque chose. C'est la force de la démocratie où le vrai pouvoir appartient à tout le monde. Le pouvoir décisionnel est réservé à une élite, mais cette élite nous la choisissons et nous pouvons la remettre en question à tout moment. Uniquement si nous sommes capables de nous affranchir des différents conditionnements qui entravent notre si précieux libre-arbitre.
1er Février - la loi du plus fort
Lorsqu'on vit ensemble, en communauté, assemblés en cités, comme le fait l'homme depuis qu'il est homme et même avant (les primates ne sont pas des solitaires, façon ours ou loup), apparaît inévitablement deux frictions dans cette sociabilité forcée.
D'abord l'amour, ensuite les conflits.
On aime ou on n'aime pas. Peu importe les causes.
Dans le premier cas, mis à part une passion trop forte qui peut dériver vers le second cas, tout est censé se passer dans le meilleur des mondes. On se bisouille, on se câline, on s'étreint. On en redemande.
En revanche, au premier conflit, tout se dégrade.
Depuis la nuit des temps, tout se règle sur le mode du plus fort. Celui qui tapera avec le plus de conviction va l'emporter. Le plus méchant imposera sa loi. Le plus hargneux sera l'élu.
Mais pourquoi donc, dans un conflit, le plus gentil, le plus intelligent, le plus influent, le plus beau à la rigueur n'aurait-il pas l'avantage ? Mais surtout le plus sage. Imaginons une société où les batailles se régleraient par le sexe, comme l'ont bien compris les bonobos, ces cousins des chimpanzés, ceux-ci réputés pour n'être pas des tendres et ce n'est pas un hasard s'ils nous sont les plus proches sur l'échelle de l'Evolution.
Mettre en avant ses muscles est purement culturel. On aurait pu choisir tout autre argument. J'aimerais bien savoir ce qu'il s'est passé dans la tête des deux premiers hommes qui n'étaient pas d'accord entre eux pour une divergence de vue sûrement liée à la nourriture, au logis ou au sexe : nos trois priorités fondamentales.
La Bible botte en touche avec son Adam et son Eve : pas de concurrence, de rivalité entre mâles pour obtenir les faveurs de la femelle. Pas de parade amoureuse comme chez la plupart des mammifères. Car, si certains fauves ou cervidés se battent, beaucoup d'espèces misent sur leur beauté (le paon), leur talent (le chant des oiseaux), leur compassion (la capacité à s'occuper des petits et gérer une famille – chez les manchots, par exemple). Pourquoi avoir choisi la force ?
A partir de là, le plis est pris pour aboutir, au final, à la Shoah ou autres réjouissances du XXème siècle.
La force est un constat d'échec. Nous nous targuons de posséder d'un langage articulé, à priori le summum en matière de communication entre individus. Pourtant, bien souvent, nous n'arrivons pas à utiliser nos mots et passons directement à nos muscles.
Bien sûr, un monde dans lequel les conflits se régleraient d'une toute autre manière ne serait pas équitable. Pourquoi le plus beau ou le plus influent serait-il le gagnant à coup sûr ? Là encore, il subsisterait une injustice. Le meilleur moyen de régler un différent entre deux partis est de faire intervenir un arbitre, un juge, en quelques mots des personnes extérieures et non concernés directement par l'objet de la rivalité. On appelle cela la justice.
25 Janvier - Mauvaise association de mots
Lu récemment dans Libé : « agression sexuelle sur nourrisson à l'hôpital ».
Là, je m'interroge. L'association de mots ne fonctionne pas. Dans un test de Q.I., on serait recalé. Police + menottes + Prison (Galabru dans Subway), c'est bon.
Soleil + vacances + plage, ça fonctionne aussi. Mais agression + nourrisson + hôpital ?
Prenons, pour commencer, par groupe de deux mots. Agression + hôpital. Déjà, simplement agression. Y'a quelque chose qui cloche, là. Pourquoi, dans n'importe quel conflit, faut-il que ce soit toujours les muscles qui l'emportent ? Mais agression + hôpital, y'a antinomie, là ! Un hôpital est un lieu où l'on répare, où l'on soigne, où l'on apaise, étymologiquement un lieu d'accueil.
Maintenant, évoquons le couple agression + nourrisson. Nourrisson, c'est à dire, pas même un enfant, ces petits êtres qui hurlent et posent mille questions. Pas même un bébé, chose grouillante qui gesticule (car ne connaît même pas l'usage de ses jambes) et hurle sans poser de questions (langage approximatif).
Non, un nourrisson. De nourrice, qui donne le sein, bref qui est totalement vulnérable et parfaitement incapable de se débrouiller tout seul. Ce n'est plus de la pédophilie, là.
D'ailleurs, je me demande bien ce qu'on peut faire de « sexuel » à un nourrisson ? Lui donner le sein, peut-être. D'un point de vue psychanalytique (bonjour Sigmund), ça se défend. D'autant que lorsque je tête les lolos de mon amoureuse, ce n'est QUE sexuel. Mais on parle, là, d'adultes consentants et somatisant chaque geste, la moindre caresse (sinon, ce n'est QUE du massage...).
Au-delà de cette info (quelle info ? Quelle est la pertinence de savoir cela?), j'aimerais savoir comment un être humain en arrive à de telles déviances. Cela ne se rencontre pas dans le règne animal. Notre trop gros cerveau ne nous oblige-t-il pas à des extrémités pareilles ? Nous avons une Ferrari dans les mains, alors que nous sommes incapables de conduire un tricycle.
18 janvier – Justice
Tolstoï, dans Guerre & Paix, s'interroge sur les causes de la guerre de l'Empire face à la grande Russie. Elles ne peuvent se résumer à la mégalomanie de Napoléon et les désirs de grandeur d'Alexandre. Trop simple. Il existe une infinité de causes qui, par cascades et enchaînements, ont provoqué un conflit majeur. Cela est vrai pour tout conflit armé – seule preuve tangible que tout a échoué. Utiliser la force est le constat désolant d'une faiblesse morale.
Un crime, une violence, des propos mal tenus ne peuvent se résumer à une seule cause. Il n'y a, au mieux, qu'un élément déclencheur. Un catalyseur, rien de plus.
Si l'on devait lister tous les événements, les coïncidences, les causes et leurs effets qui ont amené à tel comportement déviant, on écrirait un livre.
Voilà pourquoi il est si difficile de rendre la justice.
Qui a tort, qui a raison ? Et si ceux-ci étaient partagés ? Ni tout à fait coupable, pas vraiment innocent. Bien malin celui qui pourra réduire une culpabilité trop facilement et rapidement attribuée à quelques causes facilement identifiables.
Nous sommes le produit de nos ancêtres, gouvernés par nos gènes, nous sommes conditionnés par notre culture, manipulés par notre entourage, notre libre arbitre ne s'exerce que sous des pressions morales internes dont les causes s'éparpillent en milliers d'explications diverses.
Pourquoi telle décision, pourquoi tel geste ? Sommes-nous même capables d'en identifier la source ? Notre cerveau est malléable comme de la pâte à modeler. Nos sens nous trompent, ou plus exactement c'est lui, notre trop gros cerveau, qui nous leurre en mettant en place une logique qui lui est propre. En piochant dans notre mémoire, elle-même sujette à de constants changements et mises à jour ; en comparant à chaque instant, devant toute prise de décision, avec notre expérience. Même le plus rigoureux des raisonnements si abstrait soit-il est entaché de doutes, d'approximations.
Ce qui fait de nous des animaux doués d'intelligence n'est qu'une imperfection subtile.
Devant ces incertitudes, prouvons que nous avons un cerveau en bon état de marche. Utilisons le pardon, la tolérance et l'amour en toutes choses.
11 janvier – Minimaliste
Toute la beauté du monde.
Bien sûr, les pyramides d'Egypte, le grand Canyon, la Grande Muraille, les chutes Victoria, l'Himalaya, le Sahara, les plateaux des Andes, les parcs Africains...
Aucun superlatif ne sera assez puissant pour décrire ces merveilles.
Un tableau de maître, une symphonie de Mozart, quelques pages de Stendhal ou d'Hugo.
Les exploits sportifs des meilleurs athlètes au monde, les avancées scientifiques dues aux plus grands chercheurs, visionnaires. Tout cela est enviable. Tout cela exalte notre nature humaine, celle de toujours tendre vers l'excellence, de nous dépasser encore et encore.
Pourtant, bien peu d'entre nous aurons la possibilité d'atteindre cette perfection, de tutoyer les hautes sphères de l'âme humaine ni même de se rendre dans ces sites sublimes.
Il n'existe pas d'animal capable de se magnifier de telle sorte, d'accéder au génie. Peut-être parce que les animaux sont mieux adaptés à leur environnement. Ils sont, tous, de vrais artistes. Ils portent leur talent dans leurs gènes.
L'humain doit se résigner à accepter sa condition, celle de n'être pas un génie, de n'avoir pas le talent de certains. Comme il est important de rêver sa vie pour la vivre du mieux possible, il est primordial de connaître aussi ses possibilités et ses limites.
Vous ne deviendrez certainement pas un sportif d'exception, un grand artiste, un héros des temps modernes. Cependant, à votre niveau, dans votre vie de tous les jours, vous avez la possibilité de donner le meilleur de vous même. Tout comme on ne peut écouter une sonate de Haendel ou arpenter les plus beaux sites du monde tous les jours, il faut apprendre à rester humble et modeste, inconnu parmi les inconnus.
Et pourtant, si vous apportez votre minuscule caillou au grand édifice planétaire, vous serez reconnu par vos proches, estimés par vos connaissances.
Chercher la beauté dans la banalité, voilà toute la difficulté. Le monde est beau, il suffit de savoir l'observer.
S'épanouir et offrir aux autres ses talents, si insignifiants soient ils, est un vrai challenge.
4 janvier - Uniformisation
Récemment, j'ai dû être hospitalisé.
Et, d'infirmier en aide soignante, on s'est étonné que je n'utilise pas d'oreiller.
« Vous dormez sans oreiller ? »
Et ainsi, décliné à l'infini :
« Vous n'avez pas de smartphone ? Vous ne regardez pas la télévision ? Vous ne possédez pas de voiture ? Vous êtes homo ? Vous êtes noir ? Vous êtes de gauche ? »
L'uniformisation a de beaux jours devant elle.
Il existe une différence entre des mœurs et des habitudes vestimentaires liées aux conditions environnementales et la simple singerie du voisin. Un simple souci d'intégration, je suppose.
On ne mange pas la même nourriture en bord de mer qu'au fin fond des vallées montagneuses. On ne s'habille pas de la même façon selon que l'on habite au Sahara ou en Sibérie.
Ces impératifs écologiques semblent même devoir s'effacer, comme le prouve l'hégémonie de coca-cola ou McDonald partout dans le monde. La chemise/jean est devenu la tenue standard pour des milliards de personnes qui n'ont, à priori, pas grand chose à voir les uns avec les autres.
Qu'en est-il de la culture ? Cet ensemble de codes et de façons de vivre ensemble, ce ciment de la communauté. Bien sûr, une identité collective est souhaitable, réunissant des individualités autour de valeurs partagées ou d'un projet commun. Mais elle doit se composer à la façon d'une mosaïque, en respectant les différences de chacun et chacune. Les particularités doivent s'unir dans quelque chose de plus vaste et non l'inverse. La culture ne doit pas être le socle sur lequel tous vont s'aligner « parce que c'est comme ça et pas autrement », mais plutôt magnifier les différences comme autant de pixels forment une belle image, proportionnée et harmonieuse.