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Je Pense Donc... j'écris 2026

Je pense... donc j'écris

18 janvier – Justice

Tolstoï, dans Guerre & Paix, s'interroge sur les causes de la guerre de l'Empire face à la grande Russie. Elles ne peuvent se résumer à la mégalomanie de Napoléon et les désirs de grandeur d'Alexandre. Trop simple. Il existe une infinité de causes qui, par cascades et enchaînements, ont provoqué un conflit majeur. Cela est vrai pour tout conflit armé – seule preuve tangible que tout a échoué. Utiliser la force est le constat désolant d'une faiblesse morale.

Un crime, une violence, des propos mal tenus ne peuvent se résumer à une seule cause. Il n'y a, au mieux, qu'un élément déclencheur. Un catalyseur, rien de plus.

Si l'on devait lister tous les événements, les coïncidences, les causes et leurs effets qui ont amené à tel comportement déviant, on écrirait un livre.

Voilà pourquoi il est si difficile de rendre la justice.

Qui a tort, qui a raison ? Et si ceux-ci étaient partagés ? Ni tout à fait coupable, pas vraiment innocent. Bien malin celui qui pourra réduire une culpabilité trop facilement et rapidement attribuée à quelques causes facilement identifiables.

Nous sommes le produit de nos ancêtres, gouvernés par nos gènes, nous sommes conditionnés par notre culture, manipulés par notre entourage, notre libre arbitre ne s'exerce que sous des pressions morales internes dont les causes s'éparpillent en milliers d'explications diverses.

Pourquoi telle décision, pourquoi tel geste ? Sommes-nous même capables d'en identifier la source ? Notre cerveau est malléable comme de la pâte à modeler. Nos sens nous trompent, ou plus exactement c'est lui, notre trop gros cerveau, qui nous leurre en mettant en place une logique qui lui est propre. En piochant dans notre mémoire, elle-même sujette à de constants changements et mises à jour ; en comparant à chaque instant, devant toute prise de décision, avec notre expérience. Même le plus rigoureux des raisonnements si abstrait soit-il est entaché de doutes, d'approximations.

Ce qui fait de nous des animaux doués d'intelligence n'est qu'une imperfection subtile.

Devant ces incertitudes, prouvons que nous avons un cerveau en bon état de marche. Utilisons le pardon, la tolérance et l'amour en toutes choses.

 

11 janvier – Minimaliste

Toute la beauté du monde.

Bien sûr, les pyramides d'Egypte, le grand Canyon, la Grande Muraille, les chutes Victoria, l'Himalaya, le Sahara, les plateaux des Andes, les parcs Africains...

Aucun superlatif ne sera assez puissant pour décrire ces merveilles.

Un tableau de maître, une symphonie de Mozart, quelques pages de Stendhal ou d'Hugo.

Les exploits sportifs des meilleurs athlètes au monde, les avancées scientifiques dues aux plus grands chercheurs, visionnaires. Tout cela est enviable. Tout cela exalte notre nature humaine, celle de toujours tendre vers l'excellence, de nous dépasser encore et encore.

Pourtant, bien peu d'entre nous aurons la possibilité d'atteindre cette perfection, de tutoyer les hautes sphères de l'âme humaine ni même de se rendre dans ces sites sublimes.

Il n'existe pas d'animal capable de se magnifier de telle sorte, d'accéder au génie. Peut-être parce que les animaux sont mieux adaptés à leur environnement. Ils sont, tous, de vrais artistes. Ils portent leur talent dans leurs gènes.

L'humain doit se résigner à accepter sa condition, celle de n'être pas un génie, de n'avoir pas le talent de certains. Comme il est important de rêver sa vie pour la vivre du mieux possible, il est primordial de connaître aussi ses possibilités et ses limites.

Vous ne deviendrez certainement pas un sportif d'exception, un grand artiste, un héros des temps modernes. Cependant, à votre niveau, dans votre vie de tous les jours, vous avez la possibilité de donner le meilleur de vous même. Tout comme on ne peut écouter une sonate de Haendel ou arpenter les plus beaux sites du monde tous les jours, il faut apprendre à rester humble et modeste, inconnu parmi les inconnus.

Et pourtant, si vous apportez votre minuscule caillou au grand édifice planétaire, vous serez reconnu par vos proches, estimés par vos connaissances.

Chercher la beauté dans la banalité, voilà toute la difficulté. Le monde est beau, il suffit de savoir l'observer.

S'épanouir et offrir aux autres ses talents, si insignifiants soient ils, est un vrai challenge.

 

4 janvier - Uniformisation

Récemment, j'ai dû être hospitalisé.

Et, d'infirmier en aide soignante, on s'est étonné que je n'utilise pas d'oreiller.

« Vous dormez sans oreiller ? »

Et ainsi, décliné à l'infini :

« Vous n'avez pas de smartphone ? Vous ne regardez pas la télévision ? Vous ne possédez pas de voiture ? Vous êtes homo ? Vous êtes noir ? Vous êtes de gauche ? »

L'uniformisation a de beaux jours devant elle.

Il existe une différence entre des mœurs et des habitudes vestimentaires liées aux conditions environnementales et la simple singerie du voisin. Un simple souci d'intégration, je suppose.

On ne mange pas la même nourriture en bord de mer qu'au fin fond des vallées montagneuses. On ne s'habille pas de la même façon selon que l'on habite au Sahara ou en Sibérie.

Ces impératifs écologiques semblent même devoir s'effacer, comme le prouve l'hégémonie de coca-cola ou McDonald partout dans le monde. La chemise/jean est devenu la tenue standard pour des milliards de personnes qui n'ont, à priori, pas grand chose à voir les uns avec les autres.

Qu'en est-il de la culture ? Cet ensemble de codes et de façons de vivre ensemble, ce ciment de la communauté. Bien sûr, une identité collective est souhaitable, réunissant des individualités autour de valeurs partagées ou d'un projet commun. Mais elle doit se composer à la façon d'une mosaïque, en respectant les différences de chacun et chacune. Les particularités doivent s'unir dans quelque chose de plus vaste et non l'inverse. La culture ne doit pas être le socle sur lequel tous vont s'aligner « parce que c'est comme ça et pas autrement », mais plutôt magnifier les différences comme autant de pixels forment une belle image, proportionnée et harmonieuse.